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01 décembre 2016

La "distinction sociale" dans l'évaluation d'une oeuvre d'art

Une étude, publiée dans la revue Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts (PACA), a vérifié si le prix de vente, le prestige d'une galerie ou l'évaluation de diverses personnes ayant des statuts socioculturels différents ont une influence sur l'appréciation des œuvres d'art.

Les psychologues Matthew Pelowski et Michael Forster, avec leurs collègues des universités de Copenhague et de Vienne, ont mené cette étude avec des étudiants qui évaluaient une série de peinture.

Avant la présentation, les participants ont reçu les appréciations de certains groupes sociaux :

Étudiants universitaires

Experts (conservateurs de musée reconnus)

Groupe du même âge sans niveau scolaire universitaire et bénéficiaire d’aides sociales.

Les résultats ont ensuite été comparés à un groupe témoin qui a évalué les images sans avoir reçu les informations provenant des différents groupes sociaux.

Lorsque les participants pensaient que les experts ou leurs pairs aimaient une œuvre, ils l'appréciaient davantage. Mais, quand ils pensaient que les décrocheurs sans emploi n'aimaient pas un tableau, ils allaient dans la direction opposée et l'aimaient plus.

Dans une deuxième étude, les chercheurs ont également montré que le prix de vente (fictif) d'un tableau changeait considérablement la façon dont il était l'évalué.

Ces résultats confortent la théorie de la “distinction sociale” introduite par le sociologue Pierre Bourdieu. Ils démontrent comment les représentations d’une œuvre d’art sont conditionnées par l’allégeance, positive ou négative, à des groupes sociaux.

Source : University of Vienna, PACA.

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11 juin 2016

Dominique CLERC – Personal Data - photographie 2016

Dominique CLERC – Personal Data – juin 2016 - 7

Ignorance, négligence ou complaisance, nous confions des pans entiers de notre vie privée et vie intime à qui veut bien les recueillir. Réseaux sociaux, sites marchands et fournisseurs d’accès Internet, nos données sont compilées, analysées et exploitées en toute opacité et légalité*.

Partant de ce constat, Personal Data met en images un monde sans véritable frontière entre l’espace privé et l’espace public. Tour à tour voyeurs ou victimes, les images dénoncent le consensus d’une société́ basée sur le contrôle, la surveillance et la marchandisation de nos informations.

Reste à savoir qui de notre inconscience ou des nouvelles technologies s’attaque le plus aux idéaux de liberté́. Sans doute les deux, ce qui en fait assurément un des pires cocktails jamais inventes.

* Depuis 10 ans tout un arsenal de lois légitime cette récolte au nom de toutes les « menaces » qui pèsent sur notre société – qui mieux que l’Etat, les politiques et les lobbys savent ce qui est bon pour nous …..

Dominique CLERC – Personal Data – juin 2016 -3

http://www.dominiqueclerc.com/

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05 novembre 2015

MAGRITTE - la trahison des images "ceci n'est pas une pipe" - 1928

Comment ce présente cette œuvre de Magritte ?  

-- Une image (format 59x65cm), contenant une représentation d’un objet et du texte, réalisée avec un médium (peinture à l’huile) déposée sur un support de tissu (toile) montée sur un chassis.

-- La représentation d'un objet (une pipe) qui n’est pas en rapport avec la taille réelle de l’objet.

-- Un ordre de lecture de haut en bas : l'image de la pipe en premier et ensuite le texte.

-- Un texte qui inclut dans l'image (ceci n'est pas une pipe) devient lui-même l’image d’un texte.

-- Un titre - "la trahison des images " et la signature de l'artiste

Cette image est-elle la condamnation de toutes les images ?

Est-elle aussi sa propre condamnation ?

1 - Il s'agit d'une image appartenant au champ de l’art

Elle est réalisée avec un médium et un support qui appartiennent à la tradition artistique : la peinture à l'huile sur toile, encadrée et exposée dans une galerie. Comme toute œuvre d'art, elle est munie d'un titre et du nom de l'artiste (inscrit dans l'œuvre et dans le mode d'exposition).

Quelle fonction Magritte assigne-t-il à cette œuvre ? Amener les spectateurs à réfléchir.

Mais à quoi ?

 2 - L'image d'un objet n'est pas l'équivalent de l'objet

Pouvons-nous utiliser l'image de la pipe à la place de la pipe réelle ?

L'image ne nous renseigne pas sur la consistance de la pipe, son poids, ses différentes faces, ses dimensions réelles. Nous ne pouvons rien savoir des qualités d’un objet représenté. Magritte dénonce notre tendance à prendre l'image pour l'équivalent de l'objet en créant une "contradiction" entre le texte (ceci n'est pas une pipe) et la représentation de la pipe. Mais cet avertissement, est-ce qu'il crée une contradiction ?

En fait, il énonce une évidence : Ce n'est pas une pipe. Il n'y aurait donc contradiction que pour le spectateur (naif ?) qui croit que l'image peut se substituer à l'objet ou que la représentattion d'un objet est l'équivalent de l'objet.

  3 -  Le rapport entre la représentation d'un objet et l'objet est conventionnel.

L’ordre de lecture de haut en bas : l'image de l'objet (la pipe) et ensuite le texte («ceci n'est pas une pipe» écrit d’une graphie scolaire)). Ce procédé nous rappelle que l'apprentissage des enfants commence par la mémorisation (corporelle, tactile, sonore et visuelle) des objets et ensuite à faire correspondre les objets avec des "mots" et leur dénotation dans l'image.

Nous apprenons à "voir" avant de "nommer". Mais que ce passe t'il quand l'objet n'est pas présent ?

C'est le mot ou l'image qui le remplace. Mais l'objet est-il dans notre environnement, en avons-nous eu l'expérience, existe t'il réellement ?  Nous apprenons donc, dés l'enfance, à différencier deux réalités :

-- La réalité vérifiable / La réalité invérifiable connue par les mots ou les images.

L’éducation consiste à apprendre aux enfants à accepter comme "vraie" les images car elles sont la seule voie d’accès à ce qui ne peut être présent. La conséquence est de donner à l’image un statut de connaissance et de vérité pour désigner, transcrire et se substituer à l’absence de l’objet.

 4 - Doit-on aussi se méfier des mots ?

« Ceci n’est pas une pipe* » est tracé dans l’image, le texte acquiert de par sa position (intentionnelle) le statut d’image. Magritte effectue un parallèle entre le statut de la représentation et les mots représentés dans cette peinture par leur écriture..

Que se passerait il si nous allions à l’encontre des règles (éducation/convention) qui relient les représentations (image et mot) et les «choses**» ?

 5 - La trahison des images

Ce qui est dénoncé par Magritte, c’est notre propension à prendre les représentations (mots et images) en place des «choses».  Mais qui doit-on accuser ? Le rôle de l’artiste n’est-il pas de construire des représentations ? Cela peut paraître contradictoire de condamner la représentation dans  … le champ de la représentation. C’est donc une mise en garde que nous adresse Magritte à l’égard des représentations en général.

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*Le mot "pipe" est un terme générique, il ne pourra jamais désigner précisément une pipe particulière et unique.

La dénotation «pipe» (la représentation de l’objet et le mot inscrit) s’oppose à la connotation du terme qui en argot désigne un acte sexuel. Quand l’image tend à se substituer à la réalisation du désir, elle ne peut qu’être la source du manque de sa réalisation. Mécanisme psychologique bien connu sur lequel se fonde la publicité, la pornographie, etc. ….

** L’équivoque ontologique à utiliser ce terme plutôt que celui d’objet est volontaire. Il nous rappelle que : chose / réalité / objet sont des représentations que nous construisons de la «réalité». La culture consiste à circonscrire, construire et articuler des « choses » selon leur caractère opératoire sur la «réalité».

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Dino BUZZATI «la Baliverna» - 1959 – forteresse métaphore du dictionnaire / une pierre (un mot) est enlevée et tout l’édifice s’écroule.

 Marcel DUCHAMP – «roue de bicyclette» 1913 - la présentation de l’objet contre sa représentation considérée comme étant «l’état d’âme» de l’artiste.

 Joseph KOSUTH – série des proto-investigations «one and three chairs» - installation 1965 - Photocopie agrandie de la définition de la chaise dans un dictionnaire, représentation photographique de la chaise et la chaise-objet .

Michel FOUCAULT - «ceci n’est pas une pipe» Ed. Fata Morgana -‎ 1973

 

Magritte ceci n'est pas une pipe

 

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04 octobre 2015

EDEN, EDEN .......

L’image, un Eden inaccessible ?

L'image incarne l'obsession du Désir sans le satisfaire. Un passage mythique, un cancer inscrit dans le cerveau humain, dommage collatéral de la conscience de soi. Tuer le réel qui fait obstacle au passage de l'autre côté de l'écran est le délire de toutes les nouvelles technologies poussées par la demande collective. Mais le spectateur supportera-t’il réellement d'être dans l'écran lorsqu'il s'apercevra qu'il n'est pas le maître de son Paradis ?

LE CHOC

Un écran s'éteint et je regarde autour de moi : il y a de la réalité partout ... quel choc !  Je rallume tout de suite l’écran.

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20 septembre 2015

Karel TEIGE - le marché de l'art - 1936

« La création artistique est livrée à la merci des humeurs de la bourse, on spécule sur des génies inconnus, sur le fait que la mort d’un jeune auteur ou seulement la grave maladie dont il est atteint entraînent une hausse des prix de ses œuvres. On travaille au moyen d’une propagande et d’une publicité raffinées et très étendues, la presse et la critique sont corrompues. De nos jours, à Paris, tous les critiques d’art des revues ayant une importance commerciale et une certaine influence sont soit des agents payés au service des grands marchands d’art, des impresarios de théâtre ou des producteurs cinématographiques et, dans ce cas, soit leur commission est un secret de polichinelle, soit ils sont payés, au moins occasionnellement, selon les cas. » […]
La commercialisation de l’art est la preuve du mépris que la bourgeoisie montre à l’égard des valeurs spirituelles, tant que celles-ci ne produisent pas d’argent. Les seuls critères et d’ailleurs les plus convaincants pour juger de nos jours de la qualité de l’art sont : le nombre d’exemplaires vendus d’un livre, les prix aux enchères, les offres d’amateurs et des collectionneurs, les places remplies au théâtre et d’autres critères analogues, d’ordre quantitatif et pécuniaire. La critique cède la place à la publicité, la chronique dans les journaux se transforme en annonce commerciale ou peu s’en faut, la spéculation habile du trafiquant se substitue à l’appréciation spirituelle des valeurs artistiques. »

Karel Teige- Le marché de l’art [1936], traduction par Manuela Gerghel, ed• Allia, 2000

 

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15 février 2015

Plus on regarde cette toile, plus elle coûte cher

Valeur de l'art

La toile ressemble à toutes les peintures marines qu’on trouve dans les salles d’attente de médecins, les chambres d’hôtel ou les expos de peintres locaux en bordure de mer: une croûte de bonne facture. Mais dès que quelqu’un s’arrête pour la regarder, un petit boîtier s’empresse de crachoter un long ruban couvert de chiffres.

Cette installation s’appelle « La Valeur de l’Art » et elle interroge ironiquement d’où vient la valeur d'une oeuvre d'art C’est une des pièces phares de la petite mais riche exposition d’art numérique qu’organise "la Maison Populaire de Montreuil".

Les artistes, Christa Sommerer et Laurent Mignonneau, ont trouvé la toile dans une vente aux enchères – dans un lieu où sa valeur dépend déjà surtout du désir qu’elle suscite, plutôt que de raisons intrinsèques. Ils l’ont équipée d’un petit boîtier avec une imprimante thermique et un capteur de mouvement. Ils ont ensuite calculé la valeur de l’œuvre, en additionnant ce qu’ils avaient payé pour la toile, le coût des matériaux et le temps passé à la construire. Quand l’installation est mise en route, l’imprimante crachote ce montant initial. Celui-ci va ensuite monter, comme le cours d’une action, dès que quelqu’un s’arrêtera devant la toile pour la regarder. A la fin de l’exposition, l’œuvre sera vendue au dernier montant imprimé.

Sa valeur finale dépendra directement du nombre de passages et du temps que les visiteurs auront passé à la regarder. 

On comprend aisement le message de cette installation : montrer le lien qui s'est établi entre la comptabilité du nombre de visiteurs et la valeur financiére des oeuvres.

 http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2015/02/12/plus-regarde-cette-toile-plus-coute-cher-257636

 

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11 novembre 2014

Histoire de l'art

Histoire de l'Art

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15 juin 2013

Andy VIBLE - installation - portrait en abime

  VIBLE_Andy___WatchingTelevision_1___2011 VIBLE_Andy___WatchingTelevision_2___2011

Il ne s'agit pas d'une Niéme critique de la télévision par laquelle le spectateur, face à l'écran, n'aurait à regarder que le vide sidéral des contenus et par reflexion son propre vide. Cette installation nous (dé)montre ce qu'est un Portrait. La caméra (le sujet) filme la télé (le miroir) qui renvoie à la caméra, par une mise en abime, le miroir. Dans cette boucle, le regardeur se regarde sans fin.

La fonction démonstrative (quasi pédagogique) de cette installation est de nous placer face à une évidence : Que pouvons-nous savoir (au sens d'une possibilité de Vérité) de nous-même face à un miroir ? Par extension, le questionnement s'adresse aussi à la représentation : Que peut nous révéler le portrait le plus fidéle (mimésis) de nous même ou d'un Autre ?

RIEN !

Il y a impossibilité d'utiliser n'importe quelle représentation pour tenter de répondre au "Qui suis-je" existentiel ou au "Connais toi toi même" de Socrate. Rien ne peut remplacer l'examen minutieux des conditions de sa pensée à se saisir elle-même. Paradoxe de cette installation, une démonstration dans le champ de l'art à exclure les tentatives de la représentation à répondre à ces questions et qui en fixe les limites ou ambitions.

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15 mars 2013

Un artiste contemporain se constitue prisonnier pour escroquerie (canular)

Le monde de l’art pourrait bien traverser l’une de ses pires crises. En effet, une des sommités du milieu de l’art contemporain vient de jeter un pavé dans la mare en se constituant prisonnier pour escroquerie. L’individu aurait trompé durant plus d’une décennie le public et les professionnels du secteur en vendant des créations artistiques qui en fait n’en étaient pas. Un coup de tonnerre dans le milieu de l’art contemporain qui pourrait bien faire des vagues dans le monde entier. Récit.

L’escalade

Il se dit rongé par la culpabilité. Lui, c’est Hugo Marchadier, célèbre artiste contemporain qui connaît le succès depuis presque 15 ans déjà. Mais l’homme, aujourd’hui âgé de 42 ans, s’est constitué prisonnier hier en fin de journée au commissariat du 3e arrondissement de Paris. Il s’accuse lui-même d’escroquerie à grande échelle via la vente de ses pseudo œuvres et dit « vouloir mettre fin à une comédie qui dure depuis trop longtemps ».

Pour cet ancien étudiant en commerce, tout commence en 1995. Il raconte : « J’avais 27 ans et j’étais au chômage. Puis un jour où je m’ennuyais, j’ai décidé de visiter le centre Pompidou à Paris. Et là, ça a été comme une révélation. J’ai découvert qu’on pouvait gagner sa vie, même très bien, en faisant quasi n’importe quoi. » Et l’escroc de détailler : « Au début j’ai eu des scrupules. Je me disais que mes « œuvres » devaient être un minimum travaillées sinon les gens se rendraient compte de la supercherie. »

Mais les années passent, ni le public ni les commissaires d’exposition qu’il rencontre ne semblent se plaindre. Hugo Marchadier décide alors de passer à la vitesse supérieure : il vend un collage de timbres représentant un ours au Whitney museum de New-York, une guirlande de claquettes au musée Guggenheim de Bilbao, ou encore un tiroir recouvert d’ongles au Tate Modern de Londres.

Une escalade de la duperie qui n’en finit plus jusqu’en janvier dernier où Marchadier accomplit ce qu’il considère comme ‘’l’escroquerie de trop’’ : « C’est quand j’ai réussi à vendre plusieurs dizaines de milliers de dollars un seau jaune rempli d’ampoules peintes en vert que j’ai pensé que j’avais franchi une ligne. Celle de la morale. J’étais allé trop loin dans le mensonge, trop loin dans l’escroquerie. » tente d’expliquer celui qu’on surnomme désormais « Le Madoff des galeries ».

L’arbre qui cache la forêt

Selon les experts, le préjudice financier et moral pourrait s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros. Le centre Pompidou, qui devait lui consacrer une exposition entière en mai a d’ores et déjà fait l’objet d’une perquisition par la police. Malgré les affirmations d’Hugo Marchadier, les enquêteurs envisagent sérieusement la piste du crime organisé. Un système d’escroquerie à grande échelle qui pourrait impliquer des centaines, voire des milliers « d’artistes contemporains ».

http://www.legorafi.fr/2013/03/12/un-artiste-contemporain-se-constitue-prisonnier-pour-escroquerie/

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02 octobre 2012

Roman Ondak - mesurer l'univers - 2011

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Par cette oeuvre, Roman Ondak invite chaque visiteur à participer à son travail de mesure de l’univers, en rajoutant sa “mesure” à celles des autres. Les informations (taille, prénom, date) sont inscrites à même le mur de la galerie selon un protocole établie par l’artiste.

Par cette démarche, est crée une représentation tangible de l’univers. Chaque individualité s’additionne à la multitude pour représenter un tout. L’unique se perd alors dans la masse au profit d’une vision plus globale de l’univers. Un cosmos noir sur blanc. De la même façon que chaque être humain par son existence marque l’univers, chaque visiteur marque le mur de sa propre mesure, étoile unique dans la constellation. Roman Ondak par l’utilisation de la taille physique comme référentiel pour définir les êtres humains, questionne sur notre manière de nous définir. Tous présentés en noir sur blanc par un critère arbitraire aucunement lié à son mérite, chaque être se démarque et en même temps aucun. Cette oeuvre qui invite chaque spectateur à participer à son élaboration, prône l’importance et la valeur de chaque individu.

L’artiste nous offre une “datavision” originale de l’univers qui ne se veut pas rationnelle, faite de faits et de chiffres, mais sensible. Unique comme l’est chaque individu et notre univers lui-même.

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17 septembre 2012

Hugo BALL "Manifeste DADA" - 14 juillet 1916

” Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, on s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement.

Très facile à comprendre. Lorsqu’on en fait une tendance artistique, cela revient à vouloir supprimer les complications. Psychologie Dada. Allemagne Dada y compris indigestions et crampes brouillardeuses, littérature Dada, bourgeoisie Dada et vous, très vénérés poètes, vous qui avez toujours fait de la poésie avec des mots, mais qui n’en faites jamais du mot lui-même, vous qui tournez autour d’un simple point en poétisant. Guerre mondiale Dada et pas de fin, révolution Dada et pas de commencement. Dada, amis et soi-disant poètes, très estimés fabricateurs et évangélistes Dada Tzara, Dada Huelsenbeck, Dada m’Dada, Dada m’Dada, Dada mhm, Dada dera Dada, Dada Hue, Dada Tza.

Comment obtenir la béatitude ? En disant Dada. Comment devenir célèbre ? En disant Dada. D’un geste noble et avec des manières raffinées. Jusqu’à la folie. Jusqu’à l’évanouissement. Comment en finir avec tout ce qui est journalisticaille, anguille, tout ce qui est gentil et propret, borné, vermoulu de morale, européanisé, énervé ? En disant Dada. Dada c’est l’âme du monde, Dada c’est le grand truc. Dada c’est le meilleur savon au lait de lys du monde. Dada Monsieur Rubiner, Dada Monsieur Korrodi, Dada Monsieur Anastasius Lilienstein. Cela veut dire en allemand : l’hospitalité de la Suisse est infiniment appréciable. Et en esthétique, ce qui compte, c’est la qualité. Je lis des vers qui n’ont d’autre but que de renoncer au langage conventionnel, de s’en défaire. Dada Johann Fuchsgang Goethe. Dada Stendhal, Dada Dalaï-lama, Bouddha, Bible et Nietzsche. Dada m’Dada. Dada mhm Dada da. Ce qui importe, c’est la liaison et que, tout d’abord, elle soit quelque peu interrompue.

Je ne veux pas de mots inventés par quelqu’un d’autre. Tous les mots ont été inventés par les autres. Je revendique mes propres bêtises, mon propre rythme et des voyelles et des consonnes qui vont avec, qui y correspondent, qui soient les miens. Si une vibration mesure sept aunes, je veux, bien entendu, des mots qui mesurent sept aunes. Les mots de Monsieur Dupont ne mesurent que deux centimètres et demi. On voit alors parfaitement bien comment se produit le langage articulé. Je laisse galipetter les voyelles, je laisse tout simplement tomber les sons, à peu près comme miaule un chat… Des mots surgissent, des épaules de mots, des jambes, des bras, des mains de mots. AU. OI. U. Il ne faut pas laisser venir trop de mots. Un vers c’est l’occasion de se défaire de toute la saleté. Je voulais laisser tomber le langage lui-même, ce sacré langage, tout souillé, comme les pièces de monnaies usées par des marchands. Je veux le mot là où il s’arrête et là où il commence. Dada, c’est le coeur des mots. Toute chose a son mot, mais le mot est devenu une chose en soi. Pourquoi ne le trouverais-je pas, moi ? Pourquoi l’arbre ne pourrait-il pas s’appeler Plouplouche et Plouploubache quand il a plu ? Le mot, le mot, le mot à l’extérieur de votre sphère, de votre air méphitique, de cette ridicule impuissance, de votre sidérante satisfaction de vous-mêmes. Loin de tout ce radotage répétitif, de votre évidente stupidité."

            "Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre.”

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16 septembre 2012

YANG SHAOBIN

Yang_Shaobin___2006_

                          "Ce qui guide mon travail d'artiste est la peur du pouvoir"
"Le pouvoir qui est comme une énorme machine conduite en dépit du bon sens par des aveugles et par des sourds. Le pouvoir qui engendre des systèmes. Et quand ces systèmes ne sont plus capables de répondre aux nécessités des sociétés et des peuples, vient le temps de la terreur, des tensions et de l'angoisse, qui font pleurer les hommes des larmes de peur. Sous de telles pressions, les gens agissent de manière irrationnelle, sans tenir compte du " bon sens " populaire. Nous sommes comme des patients qui auraient les membres arrachés et le coeur meurtri. Si vous êtes une personne sensible, vous aurez le coeur brisé par la réalité "

Yang Shaobin est né en 1963, il vit et travaille à Pékin.

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22 août 2012

LIU Beili – mending project – 2011

… Des ciseaux chinois sont suspendus au plafond prêts à s’abattre sur l’artiste située en dessous. Il s’agit d’une installation et performance sollicitant les spectateurs. Ceux-ci ont été invités à l’entrée, à découper une grande pièce de tissu blanc en petits morceaux. L’artiste, assit à une petite table noire sous la menace des ciseaux, est occupée à coudre les morceaux ensemble. Durée de la performance, durée de la menace des ciseaux et surface (envahissante) du patchwork que réalise l’artiste sont intimement liées. Seule la chute des ciseaux peut interrompre son travail.

Durée de la performance et code symbolique de l’installation se déplient en plusieurs métaphores :

1 – Ces épées de Damoclès suspendues et prêtent à s’abattre sur l’artiste fixent dans la crainte de la répression les limites de la création artistique. L’épisode maoïste de la campagne des "Cent fleurs"*, s’il appartient au passé, n’en est pas moins toujours présent. Dévoiler ses idées, dans l’atmosphère pseudo-libérale de la Chine d’aujourd’hui, reste très dangereux et peut avoir des conséquences pénales lourdes.

2 – A cette multitude de ciseaux, qui fixe l’étendue des dangers et des surveillances, répond la surface du patchwork. La répression pourra t’elle empêcher les morceaux de tissus d’être réunis et d’envahir l’espace de la scène ?

3 – Le travail de la couture appartient dans les représentations communes au monde féminin. Le choix du tissu de drap blanc sur lequel l’artiste intervient a plusieurs sens : par sa couleur il est symbole universel de paix et par sa matière (la toile) l’espace sur lequel l’artiste construit ses représentations.

4 - la participation du spectateur est là pour lui rappeler que dans la réalité, il est lui-même l'acteur (volontaire/involontaire) du délitement de la toile.

5 - La fonction de l'art et le rôle de l'artiste se conjuguent : l'art ne peut exister que s'il y a liberté de pensée.

 LIU_Beili___mending_project___05___2011

                          LIU_Beili___mending_project___01___2011  LIU_Beili___mending_project___07___2011

LIU_Beili___mending_project___06___2011

*La campagne des Cent fleurs en Chine

Le site de l'artiste
  LIU BEILI

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15 juin 2012

art marchand et "oeuvre incontournable"

L'art marchand, contrairement à l'objet de consommation, n'inclut pas son auto-destruction (1) : il se doit d'être éternel sous peine de perdre sa valeur d'investissement. Conséquence, l'industrie de la restauration des oeuvres d'art et de leurs protections sont devenues particulièrement florissantes car directement en corrélation avec les sommes investies dans les oeuvres.

L'autre particularité de l'art marchand est la nécessité de son auto promotion permanente. L'achat d'une oeuvre est un investissement spéculatif. Elle est, à l'exemple des actions boursières, investie lors de son achat d'un taux d'intérêt potentiel. Les facteurs qui contribuent à infléchir ce taux sont nombreux et se sont diversifiés, ils font parties de l'arsenal du management de l'art (2) et requièrent l'intervention de professionnel spécialisé au sein des groupes d'investissement (privés ou institutionnels). Parmi les techniques de marketing, la médiatisation des oeuvres (3), l'intervention des critiques d'art, le choix symbolique des lieux d'exposition (4), les achats institutionnels, etc........ ne sont que quelques exemples. D'autres moyens sont plus insidieux et passent par les connivences entre les politiques et la finance : les programmes scolaires d'éducation artistique qui permettent de diffuser et d'inculquer à des générations d'écoliers "les artistes incontournables" du XXéme siécle.

En conclusion - On peut légitimement se poser la question en regard des liens entre art et marchandise : qu'est-ce qui fait "la valeur" d'une oeuvre d'art indépendamment de son prix ou de sa médiatisation ?

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1 - Les artistes (Land art, Street art) qui ont cru s'affranchir du lien entre art et marchandise en produisant des oeuvres éphémères ont été vite rattrapés par les produits dérivés des traces de leurs oeuvres (photographies, vidéo, etc.).

2 - Cf la définition du terme sur "http://fr.wikipedia.org/wiki/Management" - Le 1er artiste qui a légitimé la fusion du statut d'artiste et de management artistique de sa carriére est Andy Warhol

3 - ou de l'artiste conçu comme l'équivalent d'une marque.

4 - Exemple - Jef Koons et Murakami au Chateau de Versailles - expositions qui ont bénéficié très largement d'une médiatisation à outrance sur les chaines de télévision publique - tout deux appartenant au fond d'investissement François Pinault.

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13 juin 2012

Coma

On a tout essayé pour faire durer l’illusion de l’art. L’œuvre, l’absence d’œuvre, l’œuvre comme vie, la vie comme œuvre, l’œuvre sans public, le public sans œuvre, l’œuvre irrespectueuse (si irrespectueuse qu’elle n’est respectueuse que de l’irrespect), l’œuvre provocante, l’œuvre dérangeante. On a essayé l’intimidation, l’outrage, l’injure, la dérision, l’humiliation, la péroraison. En fin de compte, on le voit bien, il n’y a qu’une seule chose qui marche encore, c’est le chantage. L’art de la modernité en coma dépassé y fait entendre sa voix la plus irréfutable, en même temps qu’il s’enveloppe d’une sorte de sacré qui interdit absolument de s’interroger.

Philippe Muray, Moderne contre moderne - Exorcismes spirituels tome 4.

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13 mars 2012

hybridation du corps / interface / image

Pour faire le point sur l'état des recherches entre hybridations du corps, insertions utilitaires et les diverses appropriations en cours, il se tenait un colloque à l'Ecole de l'Image / Paris le 23 janvier 2012.

Corps et hybridation

Le philosophe Bernard Andrieu a brossé un tableau des nouveaux rapports entre le corps et la machine, placé sous le signe de la chimère et  de l’hybride. Il s’agit aujourd’hui, selon lui, de reconstruire notre conception du corps en envisageant celui-ci avant tout comme un médiateur, une interface avec des machines. Andrieu tient à séparer son concept d’hybride de celui de cyborg. Le cyborg explique-t-il cherche à dépasser les catégories dualistes de la pensée occidentale, nature-culture, homme-machine, esprit-corps, etc. Mais ce faisant, il reste polarisé par les dualités qu’il cherche à dépasser. Avec l’hybride, il n’est plus question de remettre en question les limites, puisque celles-ci n’existent plus. On se retrouve dans des processus énactifs émergents sans limites précises. Avec l’hybridation, on entre dans l’éphémère, le provisoire. D’ailleurs, on n’est pas hybride, on le devient ! Bernard Andrieu a conclu son intervention sur l’avenir des prothèses qu’il espère voir devenir plus “bioniques”. En effet lorsque ces prothèses seront suffisamment connectées au système nerveux, il y aura reconfiguration de l’image du corps.

Le corps interface

Plusieurs expériences de corps de substitution virtuel (avatar) ont été présentées (expérimentation type Second Life) ainsi que des expérimentations d'interfaçage total du corps par l’interaction gestuelle.

http://www.internetactu.net/2012/01/31/images-du-corps-interface/

LE SITE DE Bernard ANDRIEU

http://www.staps.uhp-nancy.fr/bernard/

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13 février 2012

Scott Garner - Interactive Nature Morte - 2011

Une tentative de l'art (parmi tant d'autres) de s'affranchir de la distance entre le réel et l'image.....

GARNER_Scott___interactive_nature_morte_2011

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08 janvier 2012

Carmen Tisch - un acte de désacralisation

En 2006, Pinoncelli donnait un coup de marteau sur l’urinoir « Fontaine » [1] œuvre de Marcel Duchamp. Ce geste iconoclaste, destruction d’une œuvre d’art, se réclamait être dans la continuité des idées de Duchamp (le devenir qu’il aurait souhaité pour son œuvre).

Acte artistique ou destruction ? L’acte de Pinoncelli mettait la justice dans l’embarras, car elle devait statuer sur 2 points : en quoi l’urinoir était une œuvre qui justifiait les sommes exorbitantes demandées par le Centre Pompidou ? Est-ce que l’acte de Pinoncelli relevait d’un geste artistique ou d’une tentative de destruction par un déséquilibré ? La justice n’a pas voulu trancher et a considéré l’acte uniquement sous l’angle de la dégradation. Pinoncelli fut condamné à des frais de réparation (14 352€) et à 3 mois de prison avec sursis.

Carmen Tisch, a changé l’angle d’attaque en donnant de sa personne par un acte « impudique » dans l’enceinte d’un musée [2]. Cette Américaine de 36 ans s'est servie d'une toile de Clyfford Still comme d'un papier WC. Le 29 décembre 2011, elle a d'abord mis un coup de poing à la toile «1957-J no.2», l'a égratignée, puis a retiré son pantalon et ses sous-vêtements, pour frotter ses fesses contre la peinture. Selon la porte-parole de la police de Denver, Carmen Tisch a également essayé d'uriner sur la toile.

Il y a des notables différences entre les deux situations :  
Pinoncelli appartient au sérail artistique (il est présenté comme un artiste performeur reconnu). Il justifie sa tentative de destruction de l’urinoir comme nécessaire au devenir de l’œuvre et à sa sacralisation (hommage à Marcel Duchamp et mise en valeur historique de l’urinoir). Il affirmera lors du procès en appel que son geste a même augmenté la valeur financière de l’objet.
Carmen Tisch est une profane, elle ne produit pas un discours de justification qui emprunterait au champ culturel de l’art sa rhétorique. En « souillant », par des fluides corporels ou excrémentiels [3], la toile de Clyfford Still, elle la désacralise. Son acte, par les symboles qu’il véhicule, réduit cette surface peinte à ce qu’elle devrait être : une surface quelconque qui n’aurait de sens que par un intérêt utilitaire [4]. La posture de Carmen rejoint celle partagée par les milieux populaires : comment un objet banal devient par la magie de la machine médiatique, le lieu d’exposition (le Musée) et l’inscription de l’auteur dans l’histoire de l’Art (la Culture), un objet sacré que confirme son prix [5]. L’acte de Carmen Tisch incarne le jugement populaire sur l’art contemporain et l’abîme qui les sépare [6].

[1]En 2011, l’urinoir de M. Duchamp était estimé à 2,8 millions €
[2]A Denver, le musée Clyfford Still a ouvert le 18 novembre 2011 pour exposer les 2 400 œuvres de l'artiste, considéré comme le maître de l'expressionisme abstrait américain.
[3] « Merde d’artiste » de Manzoni était la démonstration critique des dérives du postulat de Duchamp par le marché de l’art : n’importe quoi est de l’art s’il représente une potentialité d’investissement financier. Chaque boite était estimée en 2011 à 30 500€
[4]Distinct du cas de Sam Randy qui avait déposé en 2007 un baiser (geste d’amour) sur une œuvre de Cy Twombly. Elle a été condamnée en appel en France à verser 18 450 euros en compensation des travaux de restauration (trace de rouge à lèvres sur une toile blanche) + 100h de travaux d’intérêt général.
[5]La toile de Clyfford Still « 1957-J no.2 » est estimée à 30 millions de dollars. Les dommages sur la toile sont estimés à 10.000 dollars.
[6] A relire : Pierre Bourdieu « L’Amour de l’art - Les musées d’arts européens et leurs publics » 1966

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Clyfford Still « 1957-J no.2 » huile sur toile

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28 décembre 2011

2012 - Pascal COLRAT

COLRAT_Pascal___2012

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13 décembre 2011

Martin LE CHEVALIER

Martin Le Chevalier développe depuis la fin des années 90, un travail portant un regard critique sur les idéologies et les mythes contemporains. Artiste numérique multiforme, ses supports vont du CDRom à l’œuvre en ligne. Les représentations qu’il propose de notre époque sont souvent constituées des outils et des processus qui la caractérisent. A citer notamment Vigilance 1.0, un jeu vidéo où nous endossons le rôle d’un surveillant face à ses écrans de contrôle, cliquant frénétiquement sur de minuscules personnages animés, espérant qu’ils aient commis quelques délits pour augmenter notre score.

 Vigilance 1.0
jeu de vidéo-surveillance, 2001

Le joueur est face à une série d'écrans qui lui permettent de surveiller simultanément de nombreux lieux: rues, supermarchés, parkings, boutiques, immeubles, écoles, etc. Son objectif est la délation. Dans un temps limité (son temps de travail), il doit déceler un maximum d'infractions: cambriolages, vols d'autoradio, transgressions du code de la route, abandon de détritus, deal de drogue, racolage, proxénétisme, alcoolisme sur la voie publique, attentats à la pudeur, détournement de mineur, harcèlement sexuel, adultères, incestes, pédophilie, zoophilie, nécrophilie, etc. A chaque flagrant délit, le score augmente, à chaque diffamation, il baisse. Chaque citoyen étant un délinquant en puissance, toute infraction impunie augmente le taux d'amoralité de la société. Une bonne vigilance entraînera un assainissement des mœurs, un retour du sens de l'effort, de la famille et de la solidarité. Une vigilance insuffisante plongera immanquablement la population dans le chaos et la turpitude.

Empêché d'exercer son esprit critique par l'appât du score, le joueur se trouve confronté à un paradoxe: il continue à se comporter en justicier implacable tout en comprenant peu à peu que jouer le jeu, c'est jouer contre le discours du jeu. Les lieux où la dénonciation opère - critique de la société de contrôle, de la visibilité totale, de l'espionnage généralisé -, déguisés sous des écrans qui rappellent des jeux d'enfance, placent finalement le joueur en position de se dénoncer lui-même.

LE_CHEVALIER_Martin___image_vigilance


Gageure 1.0 – 1999
Jeu video

C’est un simulateur d'existence. Il nous propose d'oublier, durant quelques instants, cette peur du vide que nous partageons tous. Nous allons provisoirement nous sentir exister, nous réaliser, devenir quelqu'un. La recette est simple : il suffit de croire au travail.

Cette métaphore prend la forme d'un cédérom. Pourquoi? Dilbert(1) donne la réponse dans une question : "Mais comment faisait-on pour avoir l'air de travailler avant l'invention de l'ordinateur?". Aujourd'hui deux salariés sur trois travaillent avec un ordinateur, qui est devenu l'outil de travail par excellence. En consultant Gageure 1.0, nous allons donc avoir l'air de travailler. Et nous allons jouer avec un employeur à la fois anonyme, imprévisible et inflexible : l'ordinateur.

Le visage cathodique de notre interlocuteur est sans aspérité. Couleurs élémentaires de la vidéo, quelques pixels en guise de typographie, nous sommes interpellés par des propos laconiques au centre d'écrans uniformes.

La machine s'adresse à nous. Elle nous promet un épanouissement professionnel et personnel. Cette promesse est une propagande. C'est celle du capitalisme contemporain : le discours managerial. Ce discours, garant de la centralité du travail, nous berce au moyen d'un jargon constitué d'euphémismes mobilisateurs, et nous invite à nous conformer à ses modèles de réussite.

La réussite annoncée ne viendra jamais. D'abord confrontés à un simulacre d'entretien d'embauche, ignorants de ce que nous réserve la machine, nous allons peu à peu découvrir le caractère labyrinthique de Gageure 1.0. Tantôt acteurs de jeux aussi aliénants que le travail et la consommation, tantôt ballottés par un tout-puissant insondable, nous constaterons la vanité de nos espoirs d'épanouissement.

LE_CHEVALIER_Martin___Gageure

 http://www.martinlechevallier.net/

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