arts-ticulation

06 octobre 2020

Les nouveaux censeurs ?

Déboulonnages en série...

Les affaires de déboulonnage « spontané » de statues se sont multipliées cet été, et l’article (1) de la sociologue Nathalie Heinich, paru dans la torpeur estivale, mérite d’être médité. Les aspirants déboulonneurs s’inspirent des méthodes issues de la fameuse « cancel culture », chère aux campus et aux réseaux sociaux nord-américains. Ce qu’on pourrait traduire par « culture de l’annulation » ou même « culture de la censure ». Outre-atlantique, en gros, les censeurs seraient à gauche et les anti-censeurs, à droite. Pour la sociologue  la censure  de ces « annulateurs », qui prétend s’exporter en France, « n’a rien de progressiste, en dépit du crédit que leur confère la légitimité de leur cause ».

En effet, aux USA, le premier amendement de la Constitution (comme le premier article de la charte canadienne des droits et libertés), fait de la liberté d’expression un « droit fondamental positif »  donc a priori toute entrave à ce droit est anticonstitutionnelle. Tandis qu’en France, la liberté d’expression est encadrée par la Loi (qui bannit l’incitation à la haine, l’appel au meurtre, les discriminations sexuelles, le négationnisme...), la liberté d’expression « en Amérique du Nord ne peut guère être bridée que par la mobilisation publique ». Et quand la Loi ne régit rien, c’est le citoyen qui s’en charge « au risque de l’arbitraire d’une guerre civile larvée » et des appels au lynchage médiatique qui, explique N. Heinich, finissent par terroriser là-bas (en attendant ici) journalistes, enseignants et chercheurs. La « cancel culture » est donc, pour elle, le fruit amer « du sous-développement juridique nord-américain ».

On pourrait objecter que le « sur-développement » juridique  français (qui s’immisce jusque dans la vie privée !) peut, lui, conduire à un cauchemar orwellien où l'histoire est officiellement réécrite (voyez à Rouen le déboulonnage de la statue de Napoléon préparé par le maire). Pour la sociologue, « quelles que soit la justesse des causes défendues, l’on ne peut se contenter de condamner les « excès » de ces militants radicaux tout en suggérant que la fin justifie malgré tout les moyens ». Le risque est grand, en effet, que cette revendication de « la liberté sans limites d’interdire la parole » fasse régresser à la loi de la meute.

Christine SOURGINS

https://www.sourgins.fr/deboulonnages-en-serie/

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18 juillet 2020

Une exposition où il est possible de voler les œuvres d’art !

Ca s’est passé à Tokyo au début de la semaine et tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Une galerie d’art proposait en effet une exposition d’un genre tout particulier, puisqu’il était permis aux visiteurs de voler l’œuvre de leur choix. Un événement qui était prévu uniquement aux habitués de la galerie, mais qui s’est retrouvé répandu sur les réseaux sociaux. Résultat des courses, pour le jour de l’ouverture de l’événement prévu dans la nuit de jeudi à vendredi derniers, plus de 200 personnes étaient déjà présentes. Tant et si bien qu’il a été décidé d’ouvrir un peu plus tôt que prévu. Les visiteurs, excités par le concept, se sont pressé dans la galerie et ont effectivement tout dévaliser. En moins de dix minutes, il ne restait plus rien dans le lieu, alors que l’exposition était censée durer au moins dix jours. Des policiers sont même intervenus sur place, pensant à un réel cambriolage en bandes organisées. Mais les organisateurs de l’événement sont parvenus à les rassurer. Tota Hasegawa, à l’origine de ce projet « d’exposition escamotable » souhaitait à la base créer une expérimentation visant à transformer la relation entre artistes et public.

Si toute l’opération s’est tout de même réalisée dans le calme même si certaines personnes étaient ravies de commettre un acte transgressif, il y a tout de même un hic que les organisateurs ont souligné : certaines des œuvres se sont retrouvées sur des sites de ventes aux enchères quelques heures à peine après avoir été dérobées. Et à des prix dépassant nettement leur valeur officielle, allant jusqu’à plus de 100 000 yens. Tant et si bien que les organisateurs ne sont pas certains de vouloir renouveler l’opération.

Sur ART CRITIQUE le 14 juillet 2020

 

https://www.art-critique.com/2020/07/exposition-possible-voler-oeuvres-art/

 

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11 mai 2020

L’art contemporain est-il politique ?

L’art contemporain est-il politique ?

https://www.art-critique.com/2020/03/art-contemporain-est-il-politique-1-3/

Par Orianne Castel Publié le 6 mars 2020

1 - Le constat a été fait par de nombreux théoriciens de l’art. Alors que l’art moderne s’était constitué en activité autonome, l’art contemporain souhaite se réinscrire dans le cadre de la société. Mais, plus encore, alors que les premiers artistes post-modernes le faisaient sur le mode de la transgression, cherchant à remettre en cause le consensus moral, les artistes occidentaux d’aujourd’hui défendent les valeurs dominantes de nos systèmes démocratiques et libéraux. Ainsi, alors que les œuvres subversives avaient pour but de questionner un état de fait jamais remis en question, les « œuvres à thème » contemporaines traitent de sujets d’actualité : problématiques de classes, de race, de genre ou d’écologie. Dénonçant les inégalités passées ou se faisant l’écho de revendications égalitaires présentes, l’« artiste à sujet » n’incarne plus la provocation, il est un modèle de vertu qui dit œuvrer en faveur de l’émancipation.

Mais au-delà des notes d’intention, peut-on vraiment parler de politique pour qualifier ces œuvres à thème et artistes à sujet? Cette première tribune s’attachera à montrer l’incapacité des œuvres de ce genre à modifier les comportements. Elle sera suivie d’une deuxième qui exposera la conception réduite de la politique sur laquelle s’appuient les artistes qui les conçoivent. Enfin viendra un dernier texte visant à témoigner de la manière dont ce type d’art dépolitise l’expérience perceptive de l’œuvre. L’ensemble de ces écrits a pour objet de démontrer que l’art envisagé comme moyen de communication n’a de politique que le discours dont il s’enveloppe.

Que les artistes se sentent concernés par les situations précaires de certaines minorités ou, si l’on intègre le sujet du réchauffement climatique, de l’humanité tout entière, n’est évidemment pas un problème. Nous ne pouvons par ailleurs que nous réjouir que l’art s’ouvre à une diversité ethnique, sexuelle et genrée reflétant la réalité et portant sur elle des regards spécifiques. Mais ces considérations ne doivent pas nous interdire de garder un regard critique sur l’évolution politique du statut des œuvres. Avec la philosophe Carole Talon-Hugon, il est nécessaire d’interroger le pouvoir effectif de ces dernières de faire évoluer les comportements.

En effet, bien que l’artiste « juste » ne soit pas l’artiste « rigolard » à la mode Fluxus et qu’à ce titre il puisse mériter le qualificatif de « sérieux », il n’est pas pour autant un savant. À l’inverse des scientifiques qui révèlent les structures de domination et donnent ainsi potentiellement aux individus les moyens de les déconstruire, le constat de l’injustice ou la mise en fiction de sa réparation donnent peu de prise à l’action. S’indigner contre les faits, passés ou actuels, ne dit rien des mécanismes qui les ont rendus ou les rendent possible et ne permet donc pas de prévenir leur retour ou de stopper leur développement.

Par ailleurs, les photographies et vidéos à visée publicitaire, de divertissement ou d’information, qu’elles soient affichées sur les murs, publiées dans la presse écrite, diffusées à la télévision ou partagées sur internet, constituent l’essentiel de notre environnement perceptif. Les symboles comme les documents utilisés par les artistes ne peuvent rivaliser avec les images qui prolifèrent notamment sur les écrans. Les plateformes numériques restent bien plus visitées que les espaces d’expositions (foires, musées, centres d’art et galeries confondus).

Enfin, si l’art peut avoir cette capacité d’ébranler et de faire naître des sentiments qui seront peut-être suivis d’effet une fois sortis du white cube, la question reste posée du nombre de personnes qui s’autorisent à entrer dans cet espace immaculé. À l’exception de l’art des commandes publiques qui se déploient dans les rues des banlieues comme sur les ronds-points des campagnes et touchent donc un large public, l’art contemporain s’adresse à une infime portion de la population.

Par ailleurs, cette fraction en contact avec l’art contemporain n’est peut-être pas la moins sensible aux difficultés d’existences des minorités ni à l’urgence climatique et ce alors même que les institutions, qu’elles soient privées ou publiques, suivent des logiques de rentabilité économique (ou a minima d’équilibre) qui les incitent à prévoir des programmations en fonction de l’auditoire attendu. Certaines d’entre elles n’hésitent pas à demander aux artistes des pièces « moins militantes » pour les périodes durant lesquelles leurs lieux sont fréquentés par un public plus large qu’à l’accoutumé.

Ainsi, si nous pouvons nous réjouir de voir apparaître des artistes qui mettent fin à la surenchère de provocations et propositions chocs dont la présentation dans le cadre d’un système marchand rend caduque la dimension transgressive et si nous pouvons apprécier de voir émerger des artistes concernés par l’état du monde, le statut politique des œuvres doit être mis en perspective relativement à l’efficacité de l’art conçu comme mode de communication.

la suite sur :

https://www.art-critique.com/2020/04/lart-contemporain-est-il-politique-2-3/

https://www.art-critique.com/2020/05/lart-contemporain-est-il-politique-3-3/

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28 mars 2020

Qu'est-ce que l'art contemporain ?

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L'art contemporain comme question philosophique : un essai sur les relations entre art et politique et sur la manière dont la prétendue radicalité de l'art contemporain apparaît comme liée voire assujetti à l'idéologie libérale actuelle, à l'encontre de la possibilité de tout changement social effectif.

Il est difficile de concevoir un art qui soit aussi étroitement lié à son présent que ne l'est l'art contemporain. En effet, l'art contemporain est issu d'une rupture inouïe avec les pratiques artistiques du passé. Il semble prendre son point de départ dans une profonde amnésie par rapport à ce qui le précède. Les distinctions esthétiques traditionnelles, entre forme et contenu, autonomie et hétéronomie, ou oeuvre et critique, ne sont plus pertinentes quand il s'agit de cet art.
Mais qu'est-ce alors que l'art contemporain ? Cette question a pu être posée par l'historien, le théoricien, voire le sociologue de l'art. Mais elle n'a pas encore été soulevée comme question philosophique – comme question qui cherche à établir l'essence de l'art contemporain. La réponse donnée, dans ce livre, à ladite question est double. D'une part, elle est positive: dans son essence, l'art contemporain est la fiction d'un pur faire. D'autre part, elle est négative : l'art contemporain est le site où se révèle comme nulle part ailleurs l'idéologie politique du capitalisme néolibéral.

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01 février 2020

concours photographique et exposition sur le thème de la censure dans les médias.

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LA GALERIE 8CO 119

Appel à candidature

Nous collaborons avec Foto Femme United (FFU) pour lancer leur tout premier concours photographique, et exposition sur le thème de la censure dans les médias. L’exposition pop-up aura lieu du 12 au 19 mars 2020. L’appel ouvert a commencé le 30 Décembre 2019 et se termine le 15 février 2020 à minuit. Le concours est gratuit et ouvert aux personnes binaires, non-binaires, femmes cisgenres et transgenres.

SAISIR L’OCCASION D’EDUQUER

FFU  affirme que la censure de l’art sur les réseaux sociaux est non seulement gênante : impitoyable tout en étant aléatoire, mais qu’elle cache une dimension plus profonde. April Wiser, fondatrice de la FFU, affirme que “des géants des réseaux sociaux comme Instagram et Facebook démontrent par exemple, à travers ces actes de censure, que la forme féminine ne peut et ne doit exister que dans un espace très restreint. Simplement parce qu’une femme est nue, cela signifie qu’elle doit être sexualisée. Ils vont même jusqu’à censurer l’activisme féministe et rendent difficile la diffusion d’une voix ou d’une plateforme. Cette exposition a été créée dans le but de fournir un espace aux photographes pour montrer leur art censuré ou interdit, ainsi que pour éduquer le public sur les injustices présentes sur les réseaux sociaux.”

CONTESTER LES STATISTIQUES

Les statistiques mondiales indiquent que les femmes représentent encore moins de la moitié des photographes exposés dans les grand musées, concours et foires photographiques tels que Paris Photo ou Les Rencontres d’Arles. “Nous n’avons pas à nous soumettre à l’industrie de la photographie. Nous pouvons démontrer que nous, les femmes photographes, sommes tout aussi qualifiées et méritons des opportunités d’exposition. Nous pouvons agir et créer nos propres concours et organiser nos propres expositions afin de nous donner mutuellement un espace visible,” déclare April Wiser, fondatrice de la FFU.

UN JURY D’HABILITATION

Le jury de l’exposition sera composé de Kinuko Esther Asano conservatrice et directrice artistique de la Galerie &CO119 , Lou Tsatsas, journaliste du  Fisheye Magazine et April Wiser, fondatrice de Foto Femme United.

INFORMATIONS

EN RAISON DU CONFINEMENT LIÈ AU CORONAVIRUS L'EXPOSITION EST REPORTÈE .... A SUIVRE

Dates :

Lieu : Galerie &co119. --- 119, rue Vieille du Temple / 75003 PARIS

Site : https://8co119.co/

Pour participer c’est par ici: https://www.fotofemmeunited.com/exhibit

Les demandes de renseignements sur les partenariats sont les bienvenues, envoyez un courriel à april@fotofemmeunited.com.

https://8co119.co/cnsorshp-le-concours-exposition-pour-faire-bouger-les-choses/

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11 décembre 2019

L'art de l'incruste

L'art de l'incruste

A Paris, le 23 novembre, lors de la marche contre les violences faites aux femmes, au milieu de la foule d’anonymes et de personnalités, s’agitait une artiste de 28 ans, dont l'incruste est la marque de fabrique : « Marie s'infiltre » (son pseudo et son concept)  n’a pas hésité à fouetter les deux hommes dénudés, qui l’accompagnaient tenus en laisse. Ce qui suscita, comme c’est curieux, des réactions hostiles sur place et sur la Toile. Voulait-elle banaliser l'idée que « féminisme égal haine des hommes » ? Ou, comble de l’extrémisme, qu’il est temps que les femmes dominent les hommes ? « Marie s'infiltre » affiche la candeur habituelle des artistes d’AC qui, jamais au grand jamais, ne blasphèment, n’injurient ou se fichent du monde : "Non je ne me moque pas des personnes qui vivent des drames, je ne jouis pas de la méchanceté, non je ne caricature pas les femmes qui meurent sous les coups de leur conjoints. Je prends juste un sujet et je le montre différemment (…). Nous sommes dans l'ère de la moralisation extrême… ». Bref, son combat n’est pas le sort des femmes qui crèvent mais, beaucoup plus méritoire et dangereux, celuicontre l’ « uniformité des comportements »,  c’est pourquoi «  il est important de prendre un sujet dramatique et de le détourner ".

Des « Marie l’incruste » les Ecoles d’art sont en train d’en fabriquer à la tonne. Selon un article du Monde (1), ces écoles multiplient les partenariats avec les universités, Sciences-Po, le CNRS et tutti quanti pour intégrer toujours plus de sciences sociales dans leurs cursus, car (tenez-vous bien) : « les artistes ne peuvent plus vivre et créer sans comprendre le monde qui les entoure », il faut  « sortir de l’art pour l’art » ajoute un directeur de centre d’art. Quoi, cela fait au moins un demi-siècle que les écoles d’art nous chantent  « l’Art c’est la vie » et, aux portes de 2020, elles en seraient encore restées au XIX siècle ?

Vous n’y êtes pas : la lutte des classes, la démocratie participative, le féminisme, sont des vieilles lunes devant  les «questions en prise avec l’actualité »  à savoir  les études de genre, l’urgence écologique, les migrations, vrais sujets mais qui ont bon dos (on se souvient comment, en 2016,  l’artiste Ai Weiwei s’infiltra dans la question des migrations en mimant la mort du petit Aylan (2)). La Villa Arson (3) a lancé un  groupe où l’on traite  du post-capitalisme, post-colonialisme, avec  maintenant des cours de cyber-féminisme sic. Place à l’afro-futurisme re-sic soit « un travail d’imaginaire destiné à envisager des futurs à partir de l’histoire de cette grande marge qu’est le fait noir ». Quoi, à l’heure du post-colonialisme, on continue de coloniser les imaginaires au lieu de laisser les africains inventer, en Afrique, le futur qui leur convient ? Quant aux études de « LGBT», quelle aubaine pour y noyer les affaires de harcèlements, dont la Villa a été le théâtre, comme nombre d’écoles d’art – avec  des enquêtes en cours...

 « Maintenant, on va tout enseigner sauf l’art » conclut, lucide, le peintre Pascal Pinaud, professeur historique de la Villa Arson. Une étudiante évacue le problème avec finesse: « Un artiste, au bout d’un moment, il l’a bien travaillée, la matière, il a assez joué avec son caca, et ça l’intéresse d’aller chercher ailleurs. Même si, forcément, les questions de féminisme, de LGBT, ça fait peur à certains. » Pardi, quand on ne sait pas tenir un pinceau, la matière c’est ringard. De quoi expliquer l’indifférence de « Marie s’infiltre » devant la chair des femmes battues : rien que de la matière, pas assez conceptuel. L’important n’est pas la rose mais le « questionnement » !

L’écologie inspire une exposition 100 % recyclée, à partir des ressources du jardin, ou d’une « récupérathèque » pour matériaux non utilisés, etc. Bravo ! Mais alors pourquoi ne pas afficher l’empreinte carbone  du tas de terre exposé au Palais de Tokyo par exemple, ( ou celle des biennales, Fiac et Cie avec le taux de pollution des jets privés des collectionneurs…  ) plus  le coût des expositions et des subventions publiques ? A priori l’écologie a besoin d’experts, de scientifiques, puis de journalistes pour informer et de militants pour répandre les bonnes pratiques : en quoi un artiste, même sincère, serait-il plus efficace qu’un militant écolo ? Quelle intérêt, pour la société, de s’emparer d’une cause déjà équipée (comme disent les sociologues) et déjà populaire : pour enfoncer des portes ouvertes … par d’autres ? Le diable se cache dans les détails, pour le directeur des études de la Villa Arson, il faut « sortir de la figure un peu romantique de l’artiste, sans pour autant fabriquer à tout prix des artistes engagés. »

Car les écoles d’art fabriquent des « incrustes », de pseudo agitateurs aptes à s’emparer de thèmes d’actualité pour en vivre médiatiquement et financièrement. Aptes aussi à polluer les débats comme « Marie s’infiltre » : embrouiller une situation compliquée, c’est  pain béni pour le Pouvoir. Bizarrement, des questions brûlantes, mais qui intéressent les « vrais gens », sont évitées : avez-vous vu beaucoup d’œuvres d’AC traitant du problème des retraites ?

Pour sensibiliser à la faim dans le monde (?), Cattelan à la foire de Miami propose une banane scotchée au mur à 120 000 euros…un autre artiste vient de la manger, en public et sous les caméras. Pas de préjudice selon la galerie Perrotin : il n’a pas détruit l’œuvre, ce qui compte c’est l’idée, le fruit étant remplacé régulièrement et la valeur résidant dans le certificat « d’authenticité ».

Christine Sourgins

(1) « Climat, genre, migrations : un vent nouveau souffle sur les écoles d’art » d’Emmanuelle Lequeux, Le Monde du 29 Novembre 2019.

(2) En prenant la posture du petit noyé afin de « prendre position » sur les migrations…

(3) La Villa Arson, seule institution nationale dédiée à l’art contemporain à réunir un centre d’art, une école supérieure d’art, une résidence d’artistes et une bibliothèque spécialisée.

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Le blog de Christine Sourgins

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26 mai 2019

Anna Uddenberg : le genre fantasmé

UDDENBERG Anna

L’artiste suédoise Anna Uddenberg a l’habitude de montrer certaines affres de nos sociétés : La Femme, l’Homme comme modèles obligés auquel tout individu doit se conformer impérativement pour ne pas être rejeté aux marges de la société.

À côté de ces idéaux, nos gestuelles et nos parures si travaillées soient-elles ne seront jamais que de vagues ébauches. Le genre, petit "a" Lacanien, bien formaté et inscrit de force dans les corps, les cerveaux, les coutumes, les religions et les Lois, présent jusqu'à l'obsession schizophrénique dans toutes les représentations ne cesse d'être cette limite inatteignable. En ce sens, la philosophe Judith Butler décrit précisément l’attitude de genre comme une performance perpétuelle de soi visant à atteindre un fantasme corporel, culturel et social inatteignable.

Dans ses mannequins et installations, Anna Uddenberg explore l’esthétique de la “pétasse à selfie”, éminemment désirable dans ses accoutrements, postures et accessoires, qui est mise en scène jusqu’à sa propre caricature.

Ainsi, les modèles d’Anna Uddenberg se retrouvent systématiquement dans des contorsions impossibles.

L’impossibilité physique de reproduire ces contenances renvoie certainement à l’impossibilité, pour les individus, de mimer pleinement les stéréotypes de genre véhiculés par les médias. Une manière de tourner en dérision les atours obligés du genre, tout en soulignant sa dangerosité.

 

UDDENBERG Anna - Sante Par Aqua - 2019 Berlin - 1

UDDENBERG Anna - Sante Par Aqua - 2019 Berlin - 2

UDDENBERG Anna - Sante Par Aqua - 2019 Berlin - 3

 

 

 

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22 mai 2019

Wilfrid Lupano refuse lui aussi la médaille des Arts et Lettres

Après Blanche Gardin, un nouvel artiste a lui aussi décidé de refuser la médaille des Arts et Lettres. Il s’agit de Wilfrid Lupano, scénariste de BD à l’origine des albums des Vieux Fourneaux. Une décision qui, là aussi, ne manque ni d’audace, ni de panache.

Le scénariste des "Vieux Fourneaux" ne se voyait pas être décoré "de la part d’un gouvernement qui, en tout point, lui fait honte". Comme pour Blanche Gardin, ce refus est à nouveau politique. Wilifrid Lupano s’en est expliqué dans une lettre publique adressée à Franck Riester, ministre de la Culture. En somme : pas question pour lui d’être honoré par un gouvernement dont la politique fiscale, budgétaire, migratoire, écologique et sécuritaire heurte ses convictions et ses valeurs.

https://positivr.fr/wilfrid-lupano-refuse-medaille-arts-et-lettres/

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13 février 2019

L’inaliénabilité des oeuvres d'arts ............

L’inaliénabilité, tabou ou sagesse ?

En 20 ans, à peine plus de 2 000 plaintes déposées, or la commission interministérielle en charge du dossier vient de révéler que 57 500 œuvres d’art sont manquantes dans les inventaires de l’Etat (1). Près de 10% se sont évaporées dans les musées de France, 15% dans les musées nationaux, 60% à l'étranger. Si certaines ambassades ont pu pâtir de troubles locaux, que dire de ce millier de disparitions qui a eu lieu à l'Élysée ?

Or son actuel locataire vient d’aggraver l’hémorragie en décidant tout seul (sans vote à l’assemblée, ni référendum) de mettre fin à la loi d’inaliénabilité du patrimoine. C’est grâce à cette règle d’or que l’Etat ne se comporte pas comme un collectionneur vénal qui revend selon ses caprices ou les intérêts d’un lobby. C’est à l’inaliénabilité que la France doit la conservation d’une richesse culturelle particulière. Ainsi, un conservateur américain  disait à un collègue français : « En Amérique nous avons des chefs-d’œuvre, mais vous, en France, vous avez les chefs-d’œuvre et leur contexte ! »

A priori, M. Macron serait animé de généreuses intentions : restituer des œuvres africaines pillées du temps des colonies. Ce sujet délicat mériterait d’être approfondi mais quelques réflexions montreront le terrain glissant où notre président nous entraîne. Car « Restitution », ce mot au parfum d’équité, cache de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Par exemple, certaines ethnies ont migré à l’intérieur du continent africain : faut-il restituer à leur pays d’origine ou à leur pays d’arrivée ? D’autres sont établies à cheval sur le Burkina et la Côte d’Ivoire, contenter les uns risquera de mécontenter les autres.  Mieux, comme nombre de musées africains, celui de Dakar possède des objets Bambara du Mali, des pièces de la Guinée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Benin… dont l’obtention initiale peut être sujette à caution : va-t-il restituer à ses voisins ? De par le monde, chaque pays a été tour à tour,  envahisseur puis occupé, pillard puis pillé. Le précédent créé par M. Macron risque d’entraîner une cascade de demandes réveillant rancœurs et antagonismes, tout en flattant le nationalisme le plus étroit ; les objets africains, aux africains ; aux chinois, les objets chinois etc. Voilà qui sonnerait le glas du musée « universel » et obligerait à vider le couteux quai Branly, payé par le contribuable (autre forme de restitution dont on ne parle jamais : les occidentaux ont aimé, protégé, étudié, réparé, exposé aux yeux de tous, ces objets).

Monsieur Macron vient d’ouvrir une boite de Pandore car tout objet d’art, aujourd’hui en dehors de son pays d’origine, n’a pas forcément été  pillé  ou volé. Mais comment prouver un don ou un achat loyal, des siècles après ? Les preuves risquent d’avoir disparues. La sagesse voudrait qu’on s’inspire de la législation appliquée aux individus : passé un certain délai, il y a prescription ce qui participe à la paix civile. Il faudrait réfléchir à un délai pendant lequel les contestations seraient recevables (un siècle au moins) parce qu’on pourrait raisonnablement investiguer. Mais cela suppose une réflexion collective mondiale et non de décider sur un coin de bureau jupitérien. Pourquoi une telle précipitation ? Selon Didier Ryckner, de la Tribune de l’art, les 26 restitutions du 23 novembre 2018 masqueraient un vulgaire copinage : «  l’une des personnes les plus actives pour demander ces « restitutions» est Marie-Cécile Zinsou, fille de Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin. Or, Lionel Zinsou et Emmanuel Macron se connaissent bien »  pour avoir travaillé ensemble à la banque Rothschild. Mieux, Lionel Zinsou «  a été l’un de ses soutiens de M. Macron durant la campagne présidentielle » au point que  La Tribune Afrique le compte comme un des « hommes du Président ». Comme Marie-Cécile Zinsou ne fait pas mystère de l’état déplorable des musées béninois, de là à penser que les restitutions macroniennes atterrissent « sans tarder » à la Fondation Zinsou, il n’y a qu’un pas…(2)

Rebaptisé « tabou » voir « fétiche » par ses détracteurs, le verrou de l’inaliénabilité a donc sauté. Ce qui ouvre des perspectives aux ambitieux marchands ou amateurs d’art : vendre la Joconde, et plus si affinité, devient possible pour combler, tant soit peu, notre dette vertigineuse. Sothby’s et Christie’s seraient ravies, les grands collectionneurs aux anges. Les tabous et fétiches ont parfois du bon, les africains ne diraient pas le contraire : ceux de l’inaliénabilité seront-ils restitués au peuple français ?

Christine Sourgins

(1) Toutes époques confondues, soit, sur un total de 467 000 oeuvres, près de 12%.

(2) plus d’infos sur cette affaire et sur la « méthode » utilisée : un rapport demandé à deux universitaires qui ne sont spécialistes ni de l’art africain ni des musées ! https://www.latribunedelart.com/inalienabilite-et-alienabilite

ARTICLE sur le blog de Chistine SOURGINS

https://www.sourgins.fr/linalienabilite-tabou-ou-sagesse/

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05 août 2018

TAKE ME (Y'M HOURS) - Prenez-moi, je suis à vous

Du 16 septembre au 8 novembre 2015, la Monnaie de Paris présentait Take Me (I'm Yours), une exposition collective et participative ..

Vingt ans après son immense succès à la Serpentine Gallery (1995), l’exposition conçue par Christian Boltanski et Hans Ulrich Obrist, Take Me (I’m Yours)  était récréée à la Monnaie de Paris. Chaque visiteur était invité, pour ne pas dire encouragé, à toucher, utiliser ou emporter avec lui les projets et les idées des artistes invités.

Dans les murs de la dernière manufacture dans le centre de Paris, l’exposition permettait de revenir sur le mythe de l’unicité de l’œuvre d’art et de questionner ses modes de production. A l’image des monnaies, les œuvres sont vouées à la dispersion. Lieu d’interaction entre les visiteurs et les artistes, cette exposition se caractérise par sa forme ouverte et évolutive avec, au moment du finissage, la disparition des œuvres due à leur dissémination totale. Au-delà des circuits économiques habituels, Take Me (I’m Yours) propose un modèle basé sur l’échange et le partage, et soulève ainsi la question de la valeur d’échange de l’art, chère à la Monnaie de Paris.

La vidéo très compléte de l'expo. :

https://www.alternatif-art.com/index.php/rubriques-menu/10-l-art-contemporain-dans-la-presse-et-a-la-tele/6570-l-art-contemporain-a-la-tele-live-art-take-me-i-m-yours-arte?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+alternatif-art+%28Alternatif-art.com%29

 

BOLTANSKI Dispersion 2015

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28 juillet 2018

Censure de la nudité dans l'art ......

La censure d'un tableau du maître flamand Pierre Paul Rubens sur Facebook a provoqué une vive réaction dans le milieu artistique. Agacée par cette énième censure, la maison Rubens d'Anvers, a réalisé une courte vidéo pour moquer l'interdiction sur le réseau social des plus grandes œuvres du nu.

Cette nouvelle restriction était la goutte de trop. La maison Rubens à Anvers, agacée par la censure de "La Descente de Croix" de Rubens sur Facebook, a décidé de répondre à l'entreprise américaine avec une vidéo sarcastique, moquant la politique de censure du réseau social.

L'humour face à la censure

https://www.youtube.com/watch?v=UZq3cVgU5AI

Dans la courte séquence, des agents de sécurité grimés d'un uniforme FBI (pour FaceBook Intelligence) demandent aux visiteurs du musée qui possèdent un compte Facebook de détourner les yeux des peintures de nus. Ces faux policiers de la nudité font tout pour préserver les chastes yeux des touristes en les réorientant vers des représentations moins "charnelles".

L'office de tourisme flamand a également manifesté son mécontentement en adressant une lettre ouverte à Mark Zuckerberg. Co-signée par plusieurs professionnels de l'art flamand, cette missive dénonce la difficulté grandissante à partager les travaux des grands maîtres de la peinture.

La diffusion de notre patrimoine culturel unique est à ce jour impossible sur le réseau social le plus populaire. Notre art y est qualifié d’indécent, voire de pornographique.

Le dilemme de la nudité

La politique sur la nudité sur Facebook* n'épargne pas les oeuvres d'art. Elle interdit sans aucune discrimination toute photographie ou représentation des parties érogénes, notamment les seins des filles plus âgées que des bébés. 

La "Descente de Croix" de Rubens est le troisième tableau a avoir été censuré par l'algorithme de Facebook, censé filtrer tout contenu à caractère pornographique. Le géant Californien avait aussi retiré les images de "La liberté guidant le peuple" de Delacroix ainsi que celle de "L'origine du monde" de Courbet.

Bien que la maison Rubens n'ait donné aucune suite judiciaire à l'affaire, certains internautes se sont insurgés face aux décisions de Facebook. Ainsi, un homme dont le compte avait été suspendu à cause d'une photo de "L'origine du monde" avait porté plainte contre le réseau social. Le plaignant n'avait pas gagné son combat contre le groupe de la Silicon Valley, puisqu'il avait été débouté lors du procès.

Rubens - desente de croix

 

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* cette censure sur la nudité n'est pas spécifique à Facebook elle sévit depuis des années sur tous les réseaux sociaux. Cette censure, venue des Etats Unis dans les années 2000 sous la pression des communautés et associations religieuses, c'est très vite répandue en Europe pour des raisons autant politique (justifier le contrôle de l'Internet) que social (reconnaissance des communautés religieuses comme acteurs/médiateurs sociaux).

*17 décembre 2018 la nudité, des parties du corps ou des images considérées comme "indécentes", seront désormais complètement bannies de TUMBLR. Le prétexte : la protection des mineurs.
Cette plateforme, conforme à la liberté d'opinion et d'expression prônée par l'article 1 de la constitution américaine, était considérée par des millions d'internautes comme l'un des derniers refuges de la liberté de création.
L'étau se referme sur l'émotion, le désir et la subjectivité comme source de créativité. Des qualités humaines qui ne sont acceptables et encouragées que si elles s'accompagnent d'une rentabilté (la publicité) ou d'une manipulation idéologique (la propagande)

*La photographe Romy Alizée a vu son compte Instagram fermé après la publication d'une photo. Elle s'insurge contre la politique de contrôle des plateformes qui vise avant tout le corps des femmes.

https://www.liberation.fr/debats/2018/12/13/en-furie-contre-la-censure-du-net_1697407

 

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30 mai 2018

"Les mirages de l'Art contemporain"

Ce jeudi 31 mai, la nouvelle édition de « Les mirages de l’Art contemporain » sera disponible en librairie, augmentée d’un épilogue d’une cinquantaine de pages : « Brève histoire de l’Art financier » qui décrit comment  des spéculations artistiques et intellectuelles ont entraîné des spéculations financières (éditions la Table Ronde).

Ce livre, constamment réédité, est devenu, grâce à ses lecteurs,  "un livre de fond" sur la critique d'un certain art dit contemporain. Contrairement à ce qu'on nous serine,  l'AC ne nous fait pas comprendre notre contemporanéité, il est là pour nous y accoutumer et nous y soumettre. C'est bel et bien la critique de l'AC qui révèle de quoi cet "art" est l'émissaire.

Ce qui a bougé dans l'AC, n'est pas son idéologie (stable et sûre d'elle) mais un début de prise de conscience dans le grand public. Non pas à propos des transgressions les plus corsées, mais en raison des dérives financières. Comme disait Audiard :"Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute". Le contribuable, surtout, a tendu l'oreille... Ce volet de la financiarisation n'ayant pas encore donné toute sa mesure, il avait été délibérément mis en attente dans l'édition de 2005. C'était juste le moment où l'on passait d'un marché de l'Art traditionnel à un art de marché. Maintenant il est possible de décrire comment, loin d’être un simple affairisme, l'AC cautionne l’esthétisation de la marchandisation du monde, devenant sans vergogne l’Art du fondamentalisme marchand.

Ainsi ce qui vient de se passer dans un musée de Riga est représentatif  d’une marchandisation totalitaire où l’homme est une marchandise comme une autre. Un artiste d’AC a proposé à deux volontaires, un homme et une femme, de prélever un lambeau de leur peau : celui-ci fut  grillé et consommé en forme de cannibalisme réciproque (lien vers la vidéo, attention âmes sensibles !). Là se pose un choix de société : être ou ne pas être de ces happy few qui applaudissent à cet art... bio et équitable. Or la page 16 de la première édition des  "Mirages" pointait  déjà les exploits du groupe d’artistes chinois « Cadavre » qui, en guise d’oeuvre, dévorait un foetus humain : en 2001, une grande revue française s'enchantait de ce cas, avec une froideur clinique. Les médias et l'AC considèrent que le public a une mémoire de poisson rouge et qu'on peut  lui resservir les mêmes plats  sur l'air de "enfoncez-vous ça bien dans la tête". Alors que faits et commentaires s'effacent en permanence de nos écrans, les livres, eux, servent à prendre date, à mesurer le chemin parcouru... « Les mirages de l’Art contemporain » offrent maintenant un panorama complet des différentes facettes de cet art dit « contemporain ». S’y ajoute un index.

 Christine Sourgins

A lire
A

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23 janvier 2018

Fin de la Brigade des Images

La Brigade des Images, Laurent QuenhenFin de la Brigade des Images décidée par la Ville de Paris, des centaines de cinéastes et vidéastes ont fait leurs gammes avec la Brigade des Images, souvent en réalisant des films spécialement pour les appels à projets thématiques qui étaient des commissariats de films courts. Justine Triet, Estelle Artus, Arnold Pasquier, Angélika Markul, Vanessa Santullo, Pop Grafica, Guillaume Robert, Zhenchen Liu, Mariken Kramer, Mandra Wabäck, Eric Valette, Ilya Falkovskii, Maike Freess, Isabelle Ferreira, Anne Brégeaut, Valérie Mréjen, Hélèna Villovitch, Charlie Jeffery, Olivier Bosson, Joël Bartoloméo... et tant d’autres avec des présentations à Paris et des invitations dans les instituts français à l’étranger, récemment au Goethe Institut.

15 ans de programmations et de sélections, un site bilingue dès sa création en 2002 et des films reçus du monde entier.

 La Brigade des Images était accréditée chaque année au Festival Cinématographique de Cannes.

C’était une des rares associations à être invitée et reconnue par les professionnels du cinéma international.
La subvention de 2000 euros par an permettait de réaliser la communication, le montage, traduction, sous-titrage, appels à projets et site bilingue depuis sa création avec uniquement du bénévolat pour l’encadrer.

Quand on pense aux millions pour Pinault, Koons et que l’on voit que la Mairie décide de stopper une association qui permet aux jeunes réalisateurs de faire des films, de les présenter en France et à l’étranger, c’est honteux. Ce n’est même pas le montant d’un pot de réunion de la DAC Paris.
Jamais un artiste, vidéaste, cinéaste, spectateur n’a payé quoi que ce soit pour participer ou voir les films, c’est la condition sine qua non d’un cinéma ouvert, ce qu’on appelle aussi éducation populaire pour tous.

Des sélections présentées dans les lycées professionnels de banlieue à des jeunes qui ont découvert par ce biais des courts-métrages d’artistes, de vidéastes et jeunes réalisateurs, l’art tout simplement qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de voir ailleurs.
Nous avons fait un travail sérieux, cela n’intéresse pas la Ville de Paris, c’est humiliant pour Paris, mais aussi pour tous les jeunes vidéastes et cinéastes français et étrangers.

Laurent Quénéhen, président de la Brigade des Images.

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09 novembre 2017

Le film "The Square" ou l’impossible critique de l’Art contemporain

"The square" par Ruben Östlund

La presse, assez furieuse de la Palme d’Or reçue par « The Square » à Cannes, décourage le spectateur : l’œuvre de Ruben Östlund serait une charge anti-art contemporain au vitriol, farcie de longueurs, avec pour protagoniste une nullité détestable, Christian, conservateur d’un musée de Stockholm… Or, loin d’être une farce, ceux qui s’attendraient à rire grassement seront déçus,  le film procède avec habileté, mesure, voire rigueur ; son personnage central est plutôt touchant dans son désir maladroit d’accorder sa conscience avec les faits.

Le réalisateur connait bien l’AC : Nicolas Bourriaud, le chantre de l’esthétique relationnelle, est justement cité. Ne manquent ni les œuvres typiques d’AC,  comme ces tas de graviers, ni leurs avanies mille fois arrivées pour de vrai : le service de ménage balaye innocemment le chef d’œuvre (des spectateurs non avertis y ont vu une invention du metteur en scène). Bien épinglé aussi par Ruben Östlund , le jargon  incompréhensible, la novlangue qui articule dans la même phrase  « œuvre / non –œuvre », pour dire une chose et son contraire…l’AC adore. L’animalité travaille cette société raffinée dont le vernis craque : la journaliste branchée a pour animal de compagnie, un singe et les esthètes se ruent en meute vers les petits fours. Dans un diner de gala, l’auditoire s’entend dire « restez immobile, cachez vous dans le troupeau », avant de subir une performance inspirée d’un véritable artiste russe (Oleg Kulik) qui se prenait pour un chien et mordait les visiteurs ; dans The Square, un homme-singe, plus vrai que nature, tyrannise une assemblée chic de mécènes… point culminant et scène d’anthologie !

L’œuvre qui donne son titre au film, « The square », correspond tout à fait à l’idéologie de l’AC : elle propose au visiteur de passer par un tourniquet soit du côté « je fais confiance » soit du côté « je ne fais pas confiance (à mes semblables) ». L’AC est volontiers manichéen, adossé à la technique : les choix sont comptabilisés et affichés dans l’expo du film, fictive mais si vraisemblable. Passé le tourniquet, le visiteur découvre au sol un carré où sa confiance est mise à l’épreuve puisqu’il doit y déposer portable et portefeuille …en espérant les récupérer à l’issue de l’expo ! Bien vu : l’AC se veut participatif, proposant des expériences et pas des objets ; ce faisant, le parcours du visiteur  ressemble à celui d’un cobaye testé et/ou éduqué. Le choix confiance/pas confiance ne concorde pas avec la vraie vie, où rien n’est tout rose ou tout noir mais oscille en permanence ; dans la rue, on ne fuit pas systématiquement celui qui vous aborde, mais, à la première bizarrerie, on se méfie.  Et le réel va rattraper Christian : des voleurs, plutôt doués pour la mise en scène, lui dérobent son portable et notre homme ne réagit pas selon l’altruisme exalté par son installation, The Square.

Là s’arrête la critique de l’AC. Car il manque à « The square » l’ambiguïté d’une parfaite œuvre d’AC.  Si le milieu a tellement détesté le film, c’est que l’œuvre centrale est trop bienveillante et que le héros y croit vraiment alors que le personnel de l’AC est certainement moins dupe, beaucoup plus cynique. Les vrais acteurs d’AC n’ont jamais une crise existentielle telle qu’elle les conduise, tel le héros du film, à assumer leurs erreurs devant la presse déchaînée ! Dans la vraie vie,  l’AC accumule transgressions, scandales, conflits d’intérêt etc. mais qui démissionne ? Responsables mais pas coupables. Là, le film est bien en dessous de la réalité.

The Square met pourtant les pieds dans le plat financier. Le grand défi d’un musée d’art moderne et contemporain, nous dit-on explicitement, c’est, non pas l’Art mais «  l’argent, trouver l’argent quand un collectionneur peut dépenser en un jour ce que le musée dépense en un an».  Le film ose faire entendre la vox populi (cela suffirait à le suspecter de populisme) qui trouve scandaleux que l’argent du contribuable ait servi à financer une campagne de pub ignoble. Ils sont rares les films avec l’art pour centre d’intérêt et le dernier, en 2008, «  Musée Haut, Musée Bas », de Jean-Michel Ribes, se refusait à parler financement.

Le rapport à la presse et aux médias est bien vu : « pour faire écrire les journalistes, il faut être clivant », se distinguer du vacarme  (médiatique). Ce qui explique bien des dérapages : faire n’importe quoi pourvu que ça mousse. D’ailleurs, la vidéo de promotion commandée par le musée, et qui va précipiter le destin du conservateur, est beaucoup plus dans l’esprit de l’AC avec son « explosivité »…que l’installation The Square proprement dite. Mais n’en disons pas plus … Tout auteur est « en concurrence avec les catastrophes et autres calamités alors que la capacité d’attention du spectateur est limitée à 10, 15 secondes ». Pas celle du spectateur de cinéma, espère Ruben Östlund : le film dure 2h20. Les lecteurs du Grain de Sel qui ont de l’endurance, pourront lire, ci-dessous, une suite de mon analyse car s’il baigne dans le milieu de l’AC, le propos du film est plus vaste : scruter l’âme contemporaine, ou ce qu’il en reste, affrontée aux contradictions de ce que Muray appelait « l’Empire du Bien ». Les autres se dépêcheront d’aller voir The Square, avant qu’il disparaisse de l’affiche : bien des salles d’art et d’essai ne le programment pas, comme par hasard !

Christine Sourgins

https://www.sourgins.fr/the-square-ou-limpossible-critique-de-lac/

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06 juillet 2017

Thibault DERIEN - "J'habite une ville fantôme'

P1050508 Thibault DERIEN (1)

 

P1050508 Thibault DERIEN (4)

 http://www.derien.fr/

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09 mai 2017

Un ananas déposé par un visiteur dans un musée peut-il devenir une oeuvre d'art ?

L'art contemporain peut parfois donner lieu à des histoires insolites. C'est le cas avec l'anecdote de Ruairi Gray (22 ans), étudiant de l'université Robert Gordon à Aberdeen / Ecosse, Une histoire que Ruairi a raconté sur son compte Twitter.

« La semaine dernière, nous avons posé un ananas à côté d'une œuvre d'art et lorsque nous sommes revenus aujourd'hui, la RGU [Robert Gordon University] l'avait déplacé et recouvert d'une structure en verre. Génial ! »

Fin avril 2017, l'Écossais de 22 ans s'est rendu à une exposition artistique organisée par sa faculté et intitulée "Regardez les lieux et les espaces qui vous entourent d'un œil neuf". Un peu sceptiques, lui et ses amis se sont amusés à déposer un ananas, sur un présentoir, au cœur de l'exposition. Ils n'imaginaient pas que les gérants du musée le prendraient pour une œuvre d'art.

Désormais, l'étudiant se dit prêt à vivre de son art. "Si quelqu'un veut acheter un chef d'œuvre, je suis ouvert aux offres", confie-t-il ironiquement au Daily Mail.

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Augusto BOAL - la force de l'image

Il ne faut jamais utiliser sur scène un objet, quel qu'il soit, exactement de la même manière qu'on le trouve chez soi ou dans la vitrine d'un magasin. Toutes les images doivent être esthétisées, modifiées, transformées, jusqu'à ce qu'elles enregistrent l'opinion du groupe sur cet objet, sur cette image, sur son importance pour les personnages - que ce soit une table, une chaise, un chapeau, une cravate, une porte, une boucle d'oreille, une bœuf, un cheval, un bouc, un balai, un plumeau, tout ce qui se voit : une image.

Car l'image est idéologique. Si nous avons besoin d'un téléphone, la seule chose que nous ne devons pas mettre sur scène est un téléphone. Nous pouvons l'utiliser, mais en changeant au préalable la couleur, la taille, en le coupant en deux pour montrer ses fils, ou en empilant dix les uns sur les autres, aspergés avec du spray jaune ou violet - je ne fais que lancer des idées simples, au hasard... Le téléphone ne peut pas sortir du magasin et rentrer sur scène, parce qu'il vient revêtu de l'idéologie du magasin. Si nous esthétisons le téléphone, il traduira notre opinion ; si nous ne le faisons pas, il conservera l'opinion du fabricant.

Chaque objet sera toujours porteur d'une opinion, d'une valeur, d'un sens, d'une idéologie. Il ne faut pas oublier que [l’image] est une représentation du réel et non pas sa reproduction.

Extrait de "Jeux pour acteur et non-acteur - Esthétiser l'image" - 1997

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20 décembre 2016

Paris colonisé par l’Art financier

Jeff Koons  vient de « donner » une oeuvre à Paris : un clinquant bouquet de tulipes brandi par une main gigantesque, qui dépareillera l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris…tant la différence d’échelle et de matériaux  est choquante.

Pour implanter ce bronze polychrome de douze mètres de haut et 33 tonnes, les riverains n’ont pas été consultés, pas plus que les architectes des bâtiments de France : la loi Pellerin a été promulguée précisément pour rendre l’AC incontestable, incritiquable. L’ambassadrice américaine s’est donc unie à une mairie de Paris aux ordres et à un collectionneur (M. Pinault grand amateur de Koons était présent lors de l’annonce) imposant n’importe quoi, n’importe où, puisque, Loi oblige, il suffit d’invoquer le label magique d’« Art contemporain ».

« Donner » est mensonge : à condition que l’on paye le vase a titré Le Monde. Le don n’est pas financé et son coût serait de 3 millions d’euros … Emmanuelle et Jérôme de Noirmont, anciens marchands parisiens de Jeff Koons, reconvertis producteurs,  sont chargés de collecter les fonds via du mécénat privé : collaborateurs de la colonisation culturelle à vos chéquiers. Mais ce mécénat privé va investir l’espace public : en réalité c’est Paris qui se donne. Koons accapare le bien commun, le prestige parisien, pour  augmenter encore sa cote. Même quand on est l’artiste vivant le plus cher au monde, l’Art financier fonctionne comme une bicyclette : si on n’avance pas sans cesse, on tombe.  Le battage permettra en outre à Koons d’installer enfin une de ses œuvres dans l’espace public de son propre pays…

Toute cette stratégie est maquillée en «  signe de fraternité après les attentats de novembre 2015 » .  Comédie cousue de fil blanc : les lieux n’ont aucun rapport avec les attentats et l’excuse compassionnelle colle mal avec la référence « aux fleurs rococo de François Boucher ou de Jean-Honoré Fragonard » : un peu de frivolité pour parfumer une tuerie ? Quant à la main, elle évoquerait celle de la statue de la Liberté (éclairant le monde), œuvre de Bartholdi donnée par la France aux Etats-Unis en 1886. N’est ce pas plutôt « la fameuse main invisible du marché » ? Koons vient-il fleurir la tombe de la culture européenne soumise à la finance mondialisée : quand on sait que la tulipe engendra une spéculation féroce au XVIIème siècle, on ne saurait rêver de symbole plus fort marquant l’emprise de l’Art Financier au coeur de Paris !

L’opération est d’autant plus écœurante que l’espace de la rue est  actuellement celui des SDF, refugiés et autres sans abris qui eux, visiblement, ne sont pas suffisamment « contemporains »  pour qu’on dépense ces 3 millions d’euros pour les aider, mieux vaut dorloter les cotes de l’Art financier.

Françoise Monnin rédactrice en chef d’Artension a eu l’idée d’une pétition « SOW BEAUTIFUL » proposant en remplacement de la Koonserie un hommage à Ousmane Sow qui vient de nous quitter cliquer

Mais d’autres pétitions circulent cliquer.

Christine Sourgins

http://www.sourgins.fr/paris-colonise-par-lart-financier/

Jeff Koons - bouquet de tulipes - simulation du projet - dec

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01 décembre 2016

La "distinction sociale" dans l'évaluation d'une oeuvre d'art

Une étude, publiée dans la revue Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts (PACA), a vérifié si le prix de vente, le prestige d'une galerie ou l'évaluation de diverses personnes ayant des statuts socioculturels différents ont une influence sur l'appréciation des œuvres d'art.

Les psychologues Matthew Pelowski et Michael Forster, avec leurs collègues des universités de Copenhague et de Vienne, ont mené cette étude avec des étudiants qui évaluaient une série de peinture.

Avant la présentation, les participants ont reçu les appréciations de certains groupes sociaux :

Étudiants universitaires

Experts (conservateurs de musée reconnus)

Groupe du même âge sans niveau scolaire universitaire et bénéficiaire d’aides sociales.

Les résultats ont ensuite été comparés à un groupe témoin qui a évalué les images sans avoir reçu les informations provenant des différents groupes sociaux.

Lorsque les participants pensaient que les experts ou leurs pairs aimaient une œuvre, ils l'appréciaient davantage. Mais, quand ils pensaient que les décrocheurs sans emploi n'aimaient pas un tableau, ils allaient dans la direction opposée et l'aimaient plus.

Dans une deuxième étude, les chercheurs ont également montré que le prix de vente (fictif) d'un tableau changeait considérablement la façon dont il était l'évalué.

Ces résultats confortent la théorie de la “distinction sociale” introduite par le sociologue Pierre Bourdieu. Ils démontrent comment les représentations d’une œuvre d’art sont conditionnées par l’allégeance, positive ou négative, à des groupes sociaux.

Source : University of Vienna, PACA.

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11 juin 2016

Dominique CLERC – Personal Data - photographie 2016

Dominique CLERC – Personal Data – juin 2016 - 7

Ignorance, négligence ou complaisance, nous confions des pans entiers de notre vie privée et vie intime à qui veut bien les recueillir. Réseaux sociaux, sites marchands et fournisseurs d’accès Internet, nos données sont compilées, analysées et exploitées en toute opacité et légalité*.

Partant de ce constat, Personal Data met en images un monde sans véritable frontière entre l’espace privé et l’espace public. Tour à tour voyeurs ou victimes, les images dénoncent le consensus d’une société́ basée sur le contrôle, la surveillance et la marchandisation de nos informations.

Reste à savoir qui de notre inconscience ou des nouvelles technologies s’attaque le plus aux idéaux de liberté́. Sans doute les deux, ce qui en fait assurément un des pires cocktails jamais inventes.

* Depuis 10 ans tout un arsenal de lois légitime cette récolte au nom de toutes les « menaces » qui pèsent sur notre société – qui mieux que l’Etat, les politiques et les lobbys savent ce qui est bon pour nous …..

Dominique CLERC – Personal Data – juin 2016 -3

http://www.dominiqueclerc.com/

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