Il ne faut jamais utiliser sur scène un objet, quel qu'il soit, exactement de la même manière qu'on le trouve chez soi ou dans la vitrine d'un magasin. Toutes les images doivent être esthétisées, modifiées, transformées, jusqu'à ce qu'elles enregistrent l'opinion du groupe sur cet objet, sur cette image, sur son importance pour les personnages - que ce soit une table, une chaise, un chapeau, une cravate, une porte, une boucle d'oreille, une bœuf, un cheval, un bouc, un balai, un plumeau, tout ce qui se voit : une image.

Car l'image est idéologique. Si nous avons besoin d'un téléphone, la seule chose que nous ne devons pas mettre sur scène est un téléphone. Nous pouvons l'utiliser, mais en changeant au préalable la couleur, la taille, en le coupant en deux pour montrer ses fils, ou en empilant dix les uns sur les autres, aspergés avec du spray jaune ou violet - je ne fais que lancer des idées simples, au hasard... Le téléphone ne peut pas sortir du magasin et rentrer sur scène, parce qu'il vient revêtu de l'idéologie du magasin. Si nous esthétisons le téléphone, il traduira notre opinion ; si nous ne le faisons pas, il conservera l'opinion du fabricant.

Chaque objet sera toujours porteur d'une opinion, d'une valeur, d'un sens, d'une idéologie. Il ne faut pas oublier que [l’image] est une représentation du réel et non pas sa reproduction.

Extrait de "Jeux pour acteur et non-acteur - Esthétiser l'image" - 1997