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21 mai 2009

La beauté est-elle universelle ?

Les traits associés à la laideur dessinent en creux les critères de la beauté que l’on assimile souvent à un corps jeune, symétrique, lisse, droit, mince, grand. Reste à savoir si ces canons sont universels. La question oppose deux camps. Pour les historiens comme Georges Vigarello, «rien de plus culturel que la beauté physique ». La peinture fournit des preuves évidentes de la relativité des canons de beauté selon les époques. Il suffit de voir comment l’on a peint les Trois Grâces au fil du temps. La littérature fournit aussi un précieux témoignage: Ronsart vante la «divine corpulence» de sa belle; Alexandre Dumas s’extasie sur les charmes d’une amoureuse « hardie de poitrine et cambrée de hanches».

Les anthropologues ont de nombreux arguments montrant la relativité des critères selon les sociétés. Les femmes mursi appelées «négresses à plateau» n’ont rien pour charmer le regard des Occidentaux; les pieds de certaines Chinoises, atrophiés par des bandages, avaient, paraît-il, leur charme au regard des hommes; les vénus hottentotes arborent des fessiers hypertrophiés très prisés des Bushmen, etc.

Mais au-delà des variations historiques et sociales, n’existerait-il pas tout de même des critères de beauté universels? C’est ce que pensent beaucoup de psychologues adeptes de l’approche évolutionniste. Leurs arguments? Depuis une vingtaine d’années, de très nombreuses expériences ont été menées sur les critères de « physical attractiveness ». La méthode la plus courante consiste à proposer à des personnes de comparer deux portraits pour choisir le plus attirant. Il est même possible de modifier les paramètres d’un visage par ordinateur pour voir comment telle ou telle modification opère. Plus ou moins rond, plus ou moins jeune…, à ce jeu, des constantes se dégagent nettement.

Tout d’abord, il apparaît que les traits «néoténiques» d’un visage (petit nez et grand yeux) sont plus attractifs que d’autres, ce qui disqualifie les visages âgés aux traits complexes. On préférera les traits «enfantins». Les traits de la vieillesse : rides, teint de la peau, tâches sont discrédités. Inversement, la maturité de certains traits peut s’avérer plus attrayante. On préfère en général les visages sans bajoues et aux pommettes saillantes. Une autre caractéristique est la symétrie. Un visage globalement symétrique est jugé plus beau. Enfin, la forme moyenne de l’ovale fait référence en matière de beauté. Un visage «normal» n’est ni rond ni carré.

Tout bien considéré, l’opposition entre universalité et relativité de la beauté n’a rien d’irréductible. Regardons les nus féminins que nous offrent la peinture, la photographie, la mode. Ils peuvent présenter des femmes plus ou moins rondes, celles-ci sont jeunes. De même les hommes, de l’éphèbe grec à l’homme mûr de la Renaissance. Leurs proportions harmonieuses affichent bonne santé et vigueur. Ni les freluquets, ni les obèses ne sont jamais pris comme étalons de beauté. Voilà pourquoi les garçons savent d’instinct qu’en rentrant le ventre et gonflant les pectoraux, ils auront plus de chance de plaire.

L’appréciation de la beauté varie bien selon les époques et les cultures. Mais cette variation se fait autour de quelques attracteurs esthétiques. Jamais l’on ne verra des dents mal plantées, des boutons sur le visage, une grimace, des rides, des tâches comme canons de beauté. Il y a peu de chance pour que quelque part dans le monde les gens préfèrent le portrait du personnage de Frankestein à celui de George Clooney.

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16 mai 2009

LE COLLECTIF PLEIX

 Créé en 2001, Pleix est un collectif de sept artistes parisiens, — infographistes, graphistes musiciens — alternant réalisation de travaux alimentaires tels que des clips vidéos et des publicités avec une recherche esthétique et plastique personnelle. Leur univers emprunte au jeu vidéo, au cinéma, à la musique électronique, mais aussi au design graphique et aux arts plastiques. Pleix réutilise les moyens et codes visuels de la publicité, en les exagérant volontairement afin de mieux les détourner et dénoncer, avec un humour qui leur est propre, la chosification et la deshumanisation de l'individu par la société de consommation. Dans Pride's Paranoïa, le personnage principal se transforme peu à peu en machine -- les différents objets des vitrines et supermarché de Future City s'agglutinant autour de lui comme s'il était aimanté --, caricature féroce du consommateur «terriblement fier», désirant se défaire de son «complexe de superhéros» en achetant compulsivement, et qui ne «peut pas dormir tant que ça n'est pas fait». De la même façon, les personnages du clip Itsu, réalisé pour le groupe Plaid, se transforment petit à petit en psychopathes sur fond de diagrammes des bénéfices de l'entreprise dont ils font partie. L'empreinte de Pleix pourrait également être un travail commun sur les limites, les contradictions, les accidents qui montrent ces états d'incertitude, de fragilité inhérents au monde numérique.

 http://www.pleix.net/

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Parmi les films de Pleix, Beauty Kit est une série glaçante de « spots publicitaires » pour un kit de chirurgie esthétique à l’attention des petites filles : prothèses mammaires miniatures fournies avec micro-scalpel et mode d’emploi, nécessaires à liposuccion ou à chirurgie nasale déballés par des gamines extasiées. Dans la même veine, E-baby nous colle face à un bébé en couveuse, que sa mère pouponne à distance, via une paire de terrifiants gants noirs pilotés par ordinateur. Sometimes sème le trouble avec des images, disséquant au ralenti l’explosion d’un gratte-ciel en 3D. Le collectif assume la référence au 11 septembre et à la fascination que l’effondrement des tours jumelles a provoquée dans le monde entier, tout en revendiquant une analyse physique de la destruction, dénuée de toute dimension politique.

« Nous n’avons pas envie de porter de message, de jouer les moralisateurs. Nous sommes simplement un peu éponges, inspirés par tout ce qui nous entoure. »

                                                                                 

12 mai 2009

GENERATION OTAKU

Hiroki AZUMA « génération otaku » - Hachette littérature / février 2008

Best-seller au Japon, cet essai du philosophe japonais Hiroki AZUMA a le mérite de prendre au sérieux le phénomène 'Otaku', nom donné à ces jeunes (et parfois moins jeunes) fans de mangas, de jeux vidéos et de dessins animés, qui ne vivent qu'entre eux et avec comme passion exclusive ces produits culturels dont ils ne cessent de produire et consommer les produits dérivés (figurines, fanzines, romans tirés de dessins animés, dessins animés tirés d'un personnage de manga, etc .). Véritables acteurs d'un phénomène en perpétuelle croissance depuis les années 1980, qui touche une frange significative de la jeunesse japonaise, leur 'mouvement' a créé un gigantesque marché et gagne aujourd'hui toutes les jeunesses occidentales, via le succès mondial du manga. Ce succès n'est-il pas le signe que la culture Otaku touche à quelque chose de profond de l'évolution de nos sociétés ? En analysant sans les juger les produits qui façonnent cette culture, Hiroki Azuma décèle, en s'appuyant sur les apports de la philosophie française (Lyotard, Baudrillard...), certaines des grandes caractéristiques de la postmodernité (perte des repères, des Grands Récits, de la frontière entre l'original et la copie, entre auteur et consommateur, création en réseau, etc. .). Parallèlement, il observe dans notre postmodernité les raisons profondes du succès grandissant de cette culture Otaku.

CORPS OTAKU

Les "otakus" sont intéressants dans leurs rapports au corps car ils impliquent un mode de vie avec des règles, normes et modèles qui façonnent l’apparence et leurs comportements corporelles (phénomène de « cosplay » = ressembler à ses héros). Leur consommation a une tournure obsessionnelle, cela est à rapprocher de ce que dit Michel De Certeau, parlant de la consommation traditionnelle, qu'elle est une manière de faire CORPS avec un produit. Le corps devient imaginaire car immergé dans un univers de modèles otaku véhiculés par Internet, les mangas, les médias et les revues. En d'autres termes, le "otaku" tente de se réincarner dans son désir.

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