La beauté est-elle universelle ?
Les
traits associés à la laideur dessinent en creux les critères de la beauté que
l’on assimile souvent à un corps jeune, symétrique, lisse, droit, mince, grand.
Reste à savoir si ces canons sont universels. La question oppose deux camps.
Pour les historiens comme Georges Vigarello, «rien de plus culturel que la
beauté physique ». La peinture fournit des preuves évidentes de la relativité
des canons de beauté selon les époques. Il suffit de voir comment l’on a peint
les Trois Grâces au fil du temps. La littérature fournit aussi un précieux
témoignage: Ronsart vante la «divine corpulence» de sa belle; Alexandre Dumas s’extasie
sur les charmes d’une amoureuse « hardie de poitrine et cambrée de hanches».
Les
anthropologues ont de nombreux arguments montrant la relativité des critères
selon les sociétés. Les femmes mursi appelées «négresses à plateau» n’ont rien
pour charmer le regard des Occidentaux; les pieds de certaines Chinoises,
atrophiés par des bandages, avaient, paraît-il, leur charme au regard des
hommes; les vénus hottentotes arborent des fessiers hypertrophiés très prisés
des Bushmen, etc.
Mais
au-delà des variations historiques et sociales, n’existerait-il pas tout de
même des critères de beauté universels? C’est ce que pensent beaucoup de
psychologues adeptes de l’approche évolutionniste. Leurs arguments? Depuis une
vingtaine d’années, de très nombreuses expériences ont été menées sur les
critères de « physical attractiveness ». La méthode la plus courante
consiste à proposer à des personnes de comparer deux portraits pour choisir le
plus attirant. Il est même possible de modifier les paramètres d’un visage par
ordinateur pour voir comment telle ou telle modification opère. Plus ou moins
rond, plus ou moins jeune…, à ce jeu, des constantes se dégagent nettement.
Tout
d’abord, il apparaît que les traits «néoténiques» d’un visage (petit nez et
grand yeux) sont plus attractifs que d’autres, ce qui disqualifie les visages
âgés aux traits complexes. On préférera les traits «enfantins». Les traits de
la vieillesse : rides, teint de la peau, tâches sont discrédités. Inversement,
la maturité de certains traits peut s’avérer plus attrayante. On préfère en
général les visages sans bajoues et aux pommettes saillantes. Une autre
caractéristique est la symétrie. Un visage globalement symétrique est jugé plus
beau. Enfin, la forme moyenne de l’ovale fait référence en matière de beauté.
Un visage «normal» n’est ni rond ni carré.
Tout
bien considéré, l’opposition entre universalité et relativité de la beauté n’a
rien d’irréductible. Regardons les nus féminins que nous offrent la peinture,
la photographie, la mode. Ils peuvent présenter des femmes plus ou moins
rondes, celles-ci sont jeunes. De même les hommes, de l’éphèbe grec à l’homme
mûr de la Renaissance. Leurs proportions harmonieuses affichent bonne santé et
vigueur. Ni les freluquets, ni les obèses ne sont jamais pris comme étalons de
beauté. Voilà pourquoi les garçons savent d’instinct qu’en rentrant le ventre
et gonflant les pectoraux, ils auront plus de chance de plaire.
L’appréciation
de la beauté varie bien selon les époques et les cultures. Mais cette variation
se fait autour de quelques attracteurs esthétiques. Jamais l’on ne verra des
dents mal plantées, des boutons sur le visage, une grimace, des rides, des
tâches comme canons de beauté. Il y a peu de chance pour que quelque part dans
le monde les gens préfèrent le portrait du personnage de Frankestein à celui de
George Clooney.

