MURAKAMI A VERSAILLES
A Versailles, l’art contemporain n’a pas sa place. Deux ans après la polémique autour de l’exposition des oeuvres de Jeff Koons, le scénario semble vouloir se répéter à l’ouverture de l’exposition de l’artiste japonais Takashi Murakami. Du 14 septembre au 12 décembre 2010, cet artiste installe 22 œuvres inspirées par les mangas dans les appartements royaux du Château. C'est l'autorité culturelle du Qatar qui finance quasi intégralement l'exposition, avec pour projet de montrer l'ensemble à Doha à l'horizon 2012. Mais c'est l'artiste lui-même qui finance la production des nouvelles pièces, qui sont donc à vendre…….
Organisateur en 2000, à titre de commissaire, d'une exposition d'art japonais ironiquement dénommée "Superflat" (superplat), Murakami y montrait les imageries et stéréotypes caractéristiques des loisirs de masse de la société japonaise. Ce qui ne l'empêche pas d'œuvrer lui-même dans ce domaine et de collaborer avec des designers et des publicitaires.
T. Murakami « A l'inverse de ce que vous pensez peut-être, je ne suis pas très connu au Japon comme artiste mais plus comme commentateur en matière d'art. On me voit assez souvent à la télé. J'anime une émission à la radio. Mais je n'ai jamais été très bien accepté dans mon pays en tant qu'artiste. Or, cette fois, la nouvelle de cette exposition s'est répandue partout et très rapidement. »
Les réactions :
Pour le président de l’établissement «Château de Versailles», Jean-Jacques Aillagon (ex-ministre de la Culture du gouvernement Sarkosy), ces protestations «émanent de cercles d’extrême-droite intégristes et de cercles très conservateurs». Ils voudraient faire de Versailles «un reliquaire de la nostalgie de la France de l’Ancien Régime, d’une France
repliée sur elle-même et hostile à la modernité ». Cette argumentation, très réductrice, utilise l’épouvantail de l’extrême droite pour mettre tous les opposants dans le même sac.
Si nous suivons les très nombreux commentaires des Internautes aux articles consacrés à cette exposition, nous nous apercevons que les réactions sont beaucoup plus nuancées et portent surtout sur la médiatisation publicitaire de cette exposition à des fins de promotion d’un artiste peu reconnu.
« Notre réaction est la mise en cause d’une démarche qui s’apparente à celles des publicitaires qui est d’insérer un message auprès d’un public qui ne peut y échapper. Comme il y a des intérêts économiques en jeu, les suspicions de collusion sont inévitables. On ne supporterait pas qu’une marque fasse sa publicité dans les jardins ou les appartements de Versailles, on ne doit pas accepter qu’un artiste à la recherche de la célébrité fasse sa pub dans ce lieu historique »
« La meilleure approche c'est de savoir à quoi s'en tenir: du « design hype », parfois inventif certes et dans un style personnel, mais rien qui ne puisse se comparer à des œuvres intemporelles, et encore moins des œuvres porteuses de sens. C'est le vide total au sens littéral, la forme sans aucun fond. Dans 2 ans on aura totalement oublié, l'indifférence sera complète. Il ne sert donc à rien de s'exciter pour ou contre: les organisateurs se croient modernes et originaux, ils sont juste ringards. »
Mais beaucoup d’autres Internautes pointent ou dénoncent l’absence de contenu des œuvres :
« Il n'y a plus de passé qui enracine, de présent à partager ou d'avenir qui mobilise. Il ne reste que la consommation de masse
comme modèle général. »
N’était-ce pas le souhait d’Andy Warhol……

