Scott Garner - Interactive Nature Morte - 2011
Une tentative de l'art (parmi tant d'autres) de s'affranchir de la distance entre le réel et l'image.....

Une tentative de l'art (parmi tant d'autres) de s'affranchir de la distance entre le réel et l'image.....

En 2006, Pinoncelli donnait un coup de marteau sur l’urinoir « Fontaine » [1] œuvre de Marcel Duchamp. Ce geste iconoclaste, destruction d’une œuvre d’art, se réclamait être dans la continuité des idées de Duchamp (le devenir qu’il aurait souhaité pour son œuvre).
Acte artistique ou destruction ? L’acte de Pinoncelli mettait la justice dans l’embarras, car elle devait statuer sur 2 points : en quoi l’urinoir était une œuvre qui justifiait les sommes exorbitantes demandées par le Centre Pompidou ? Est-ce que l’acte de Pinoncelli relevait d’un geste artistique ou d’une tentative de destruction par un déséquilibré ? La justice n’a pas voulu trancher et a considéré l’acte uniquement sous l’angle de la dégradation. Pinoncelli fut condamné à des frais de réparation (14 352€) et à 3 mois de prison avec sursis.
Carmen Tisch, a changé l’angle d’attaque en donnant de sa personne par un acte « impudique » dans l’enceinte d’un musée [2]. Cette Américaine de 36 ans s'est servie d'une toile de Clyfford Still comme d'un papier WC. Le 29 décembre 2011, elle a d'abord mis un coup de poing à la toile «1957-J no.2», l'a égratignée, puis a retiré son pantalon et ses sous-vêtements, pour frotter ses fesses contre la peinture. Selon la porte-parole de la police de Denver, Carmen Tisch a également essayé d'uriner sur la toile.
Il y a des notables différences entre les deux situations :
Pinoncelli appartient au sérail artistique (il est présenté comme un artiste performeur reconnu). Il justifie sa tentative de destruction de l’urinoir comme nécessaire au devenir de l’œuvre et à sa sacralisation (hommage à Marcel Duchamp et mise en valeur historique de l’urinoir). Il affirmera lors du procès en appel que son geste a même augmenté la valeur financière de l’objet.
Carmen Tisch est une profane, elle ne produit pas un discours de justification qui emprunterait au champ culturel de l’art sa rhétorique. En « souillant », par des fluides corporels ou excrémentiels [3], la toile de Clyfford Still, elle la désacralise. Son acte, par les symboles qu’il véhicule, réduit cette surface peinte à ce qu’elle devrait être : une surface quelconque qui n’aurait de sens que par un intérêt utilitaire [4]. La posture de Carmen rejoint celle partagée par les milieux populaires : comment un objet banal devient par la magie de la machine médiatique, le lieu d’exposition (le Musée) et l’inscription de l’auteur dans l’histoire de l’Art (la Culture), un objet sacré que confirme son prix [5]. L’acte de Carmen Tisch incarne le jugement populaire sur l’art contemporain et l’abîme qui les sépare [6].
[1]En 2011, l’urinoir de M. Duchamp était estimé à 2,8 millions €
[2]A Denver, le musée Clyfford Still a ouvert le 18 novembre 2011 pour exposer les 2 400 œuvres de l'artiste, considéré comme le maître de l'expressionisme abstrait américain.
[3] « Merde d’artiste » de Manzoni était la démonstration critique des dérives du postulat de Duchamp par le marché de l’art : n’importe quoi est de l’art s’il représente une potentialité d’investissement financier. Chaque boite était estimée en 2011 à 30 500€
[4]Distinct du cas de Sam Randy qui avait déposé en 2007 un baiser (geste d’amour) sur une œuvre de Cy Twombly. Elle a été condamnée en appel en France à verser 18 450 euros en compensation des travaux de restauration (trace de rouge à lèvres sur une toile blanche) + 100h de travaux d’intérêt général.
[5]La toile de Clyfford Still « 1957-J no.2 » est estimée à 30 millions de dollars. Les dommages sur la toile sont estimés à 10.000 dollars.
[6] A relire : Pierre Bourdieu « L’Amour de l’art - Les musées d’arts européens et leurs publics » 1966

Clyfford Still « 1957-J no.2 » huile sur toile
Martin Le Chevalier développe depuis la fin des années 90, un travail portant un regard critique sur les idéologies et les mythes contemporains. Artiste numérique multiforme, ses supports vont du CDRom à l’œuvre en ligne. Les représentations qu’il propose de notre époque sont souvent constituées des outils et des processus qui la caractérisent. A citer notamment Vigilance 1.0, un jeu vidéo où nous endossons le rôle d’un surveillant face à ses écrans de contrôle, cliquant frénétiquement sur de minuscules personnages animés, espérant qu’ils aient commis quelques délits pour augmenter notre score.
Vigilance 1.0
jeu de vidéo-surveillance, 2001
Le joueur est face à une série d'écrans qui lui permettent de surveiller simultanément de nombreux lieux: rues, supermarchés, parkings, boutiques, immeubles, écoles, etc. Son objectif est la délation. Dans un temps limité (son temps de travail), il doit déceler un maximum d'infractions: cambriolages, vols d'autoradio, transgressions du code de la route, abandon de détritus, deal de drogue, racolage, proxénétisme, alcoolisme sur la voie publique, attentats à la pudeur, détournement de mineur, harcèlement sexuel, adultères, incestes, pédophilie, zoophilie, nécrophilie, etc. A chaque flagrant délit, le score augmente, à chaque diffamation, il baisse. Chaque citoyen étant un délinquant en puissance, toute infraction impunie augmente le taux d'amoralité de la société. Une bonne vigilance entraînera un assainissement des mœurs, un retour du sens de l'effort, de la famille et de la solidarité. Une vigilance insuffisante plongera immanquablement la population dans le chaos et la turpitude.
Empêché d'exercer son esprit critique par l'appât du score, le joueur se trouve confronté à un paradoxe: il continue à se comporter en justicier implacable tout en comprenant peu à peu que jouer le jeu, c'est jouer contre le discours du jeu. Les lieux où la dénonciation opère - critique de la société de contrôle, de la visibilité totale, de l'espionnage généralisé -, déguisés sous des écrans qui rappellent des jeux d'enfance, placent finalement le joueur en position de se dénoncer lui-même.

Gageure 1.0 – 1999
Jeu video
C’est un simulateur d'existence. Il nous propose d'oublier, durant quelques instants, cette peur du vide que nous partageons tous. Nous allons provisoirement nous sentir exister, nous réaliser, devenir quelqu'un. La recette est simple : il suffit de croire au travail.
Cette métaphore prend la forme d'un cédérom. Pourquoi? Dilbert(1) donne la réponse dans une question : "Mais comment faisait-on pour avoir l'air de travailler avant l'invention de l'ordinateur?". Aujourd'hui deux salariés sur trois travaillent avec un ordinateur, qui est devenu l'outil de travail par excellence. En consultant Gageure 1.0, nous allons donc avoir l'air de travailler. Et nous allons jouer avec un employeur à la fois anonyme, imprévisible et inflexible : l'ordinateur.
Le visage cathodique de notre interlocuteur est sans aspérité. Couleurs élémentaires de la vidéo, quelques pixels en guise de typographie, nous sommes interpellés par des propos laconiques au centre d'écrans uniformes.
La machine s'adresse à nous. Elle nous promet un épanouissement professionnel et personnel. Cette promesse est une propagande. C'est celle du capitalisme contemporain : le discours managerial. Ce discours, garant de la centralité du travail, nous berce au moyen d'un jargon constitué d'euphémismes mobilisateurs, et nous invite à nous conformer à ses modèles de réussite.
La réussite annoncée ne viendra jamais. D'abord confrontés à un simulacre d'entretien d'embauche, ignorants de ce que nous réserve la machine, nous allons peu à peu découvrir le caractère labyrinthique de Gageure 1.0. Tantôt acteurs de jeux aussi aliénants que le travail et la consommation, tantôt ballottés par un tout-puissant insondable, nous constaterons la vanité de nos espoirs d'épanouissement.

Les artistes du collectif « Un certain Détachement » ont conçu la première galerie en boîte, des distributeurs automatiques de multiples d’œuvres d’art de petit format, numérotés et signés. Le principe d’UCD est simple : interroger des artistes sur le thème du détachement, sélectionner une trentaine d’œuvres chaque année, les produire, et les proposer à la vente dans les galeries mobiles. Actuellement, on peut ainsi trouver le phare d’une remorque de l’artiste Blux, les Cages à mots/maux en fil de coton de Lika Guillemot, ou encore la Tête d'artiste en résine d'Alain Quercia… Entre 20 et 50 euros.
Vincent Van Gogh mélangeait ses pigments jaunes avec d’autres teintes, et notamment du blanc contenant du baryum et du soufre. Résultat : ses jaunes si lumineux s’assombrissent peu à peu. Les travaux publiés ces derniers jours dans Analytical Chemistry sont sans appel : Une simulation montre qu’en 2050, les blés de Van Gogh risquent d’avoir pris un sacré coup de chaud ! Hélas, selon les chercheurs chimistes et experts français du Centre de recherche et de restauration des musées de France, cet assombrissement, comme celui qui affecte « Les Berges de la Seine » peint en 1887, est inéluctable. Les chimistes se sont donc mobilisés pour tenter de trouver un remède à ce mal qui affecte également les toiles de tous les peintres de la fin du XIXe siècle utilisant cette technique.
Vous pensiez être à l’abri dans le cocon moelleux de votre réseau social préféré, et voilà que vous vous affichez tout sourire sur un site de rencontre, à votre insu, parmi des centaines de milliers d’autres inconnus au regard libidineux, sans doute tout aussi surpris de se retrouver là. Vous êtes l’une des victimes du dernier rapt de données personnelles à grande échelle fomenté par le duo italiens, le théoricien des médias Alessandro Ludovico et l’artiste Paolo Cirio, qui ont passé des mois à télécharger un million de profils d’utilisateurs de Facebook. Des données publiques comme le nom, le pays, les groupes auxquels ils ont souscrit et surtout la photo de leur profil que les agitateurs ont consigné dans une base de données en ligne.
« Se plonger dans ces données fut une expérience hallucinante, intoxiqués que nous étions par ces sourires sans fin, ces regards séducteurs et ces expressions lascives, expliquent les auteurs. Après quelques semaines, nous nous sommes rendus à l’évidence. Tout ce que ces gens voulaient, c’était élargir encore le cercle de leurs relations, exprimer et recevoir de l’amour via leurs traits numériques. Mais ils étaient piégés par Facebook, propriétaire exclusif de leurs données », ironisent Ludovico et Cirio. Ils décident alors d’assouvir ce « désir inconscient de rencontre avec des inconnus », de « libérer ces données personnelles » et de « donner à ces identités virtuelles un nouvel espace partagé pour s’exhiber librement ».
Avec leur projet Face to Facebook, ils attirent l’attention des adeptes des réseaux sociaux sur ces informations sensibles qu’ils publient, sujettes à la manipulation et au vol d’identité. « Notre hack n’est pas un truc sophistiqué, insistent les artistes. C’est à la portée de chacun de voler des données personnelles et les réutiliser dans un contexte totalement imprévu. »
Les auteurs de ce « hack conceptuel » comparent Facebook à une « fête éternelle et illusoire, sous surveillance et enregistrée pour toujours. Et comme dans toute fiesta, ce qu’il s’y passe est privé mais a le potentiel de devenir public si c’est partagé accidentellement ».
Ils concluent ainsi leur oeuvre antimonopole, démontrant qu’en dépit des barrières de protection dont ils s’entourent, ces géants sont loin d’être infaillibles. « Face to Facebook », exposé en ce moment au festival Transmediale 2011 à Berlin, souligne combien est fragile une identité virtuelle confiée aveuglément à une plateforme propriétaire.

Pierrick SORIN « Nantes, projets d’Artistes » 2000 – vidéo / 26mn
-------------- Présentation
Grâce au traitement numérique de l'image, Pierrick SORIN réalise un faux reportage montrant, avec toutes les apparences du sérieux, les œuvres créées par 7 artistes européens pour des espaces publiques à Nantes. Déguisé, il joue le rôle de chacun des artistes. Tous présentent des projets plus ou moins crédibles qui font intervenir d’importants moyens informatiques et des technologies d’avant-garde.
1 - Ricky PIERSON / Anglais, propose un dispositif (caméra) qui capture les mouvements des piétons dans la rue et les projette ensuite en grandes dimensions sur des écrans holographiques.
2 - Rösk NEIPRIK / Hongroise, propose une boule d’eau en suspension magnétique au-dessus de la ville.
3 - Sirki PINERO / Portugais, souhaite projeter sur la façade de la Faculté de Médecine, des images et vidéo d’opérations chirurgicales auxquelles se mêlent des images amateurs provenant du monde entier par le réseau Internet.
4 - Criki PERONE / Espagnol, propose aux habitants de les enregistrer dansant sur la musique de leur choix et de projeter le résultat, sous forme d’hologramme, sur les toits des immeubles et du théâtre de la ville.
5 - Krips RÖNIKER / Allemande, propose de déployer un arc en ciel au-dessus de Nantes qui dépendra de la mesure positive de leurs discussions téléphoniques.
6 - Eros PINEKI / Grec, propose de réhabiliter la tour Bretagne dont les habitants de Nantes ne sont pas satisfaits. Sa grande idée est de la transformer en un aquarium géant lumineux la nuit.
7 - Pierrick SORIN / Français, propose de disposer des sculptures le long d’une ligne de tramway. Les passagers assisteraient à la transformation d’un homme en femme et vice-versa selon la direction du trajet.
---------- La lecture de l’œuvre
La vidéo se présente comme un reportage véritable qui exposerait les réponses de 7 artistes à une commande publique. La forme parodie les émissions culturelles (posture et voix du présentateur, voix off de traduction, ton sérieux et incisif, discours artistiques, interviews, etc.). Les projets sont montrés comme « réalisables », les progrès technologiques permettant aux artistes de réaliser tous leurs désirs / délires.
--- Comment sont montrés les artistes ?
Chacun interprète un stéréotype : l’artiste rêveur / inadapté social / mégalomaniaque / incompris / égocentriste / …. Chacun interprète les stéréotypes que nous avons sur les autres nationalités : le portugais, l’espagnol, etc..
--- Comment est montrée l’inspiration artistique ?
La « cuisine » de l’artiste faite de hasard et d’accident, manière pour P. SORIN de « désacraliser » le travail artistique.
L’inspiration qui se trouve dans des souvenirs personnels sur un mode régressif.
L’absence de message « je n’ai rien à dire »
--- Comment est posé le problème de la responsabilité de l’artiste et des limites de l’art ?
Le droit à l’image des personnes – sans leur accord, leur image est projetée dans l’espace publique.
Les écoutes téléphoniques – Au nom de l’art, peut-on enregistrer les conversations privées des personnes, déployer sur une ville des systèmes d’écoutes et de mesures qui relèvent des moyens policiers et militaires ?
--- Une critique de l’art « spectacle » ?
L’art comme moyen de recréer artificiellement du lien social. La participation volontaire / involontaire du public aux projets suffit-elle à créer de la communication ? L’art se met-il au service des politiques ?
--- Une critique des liens ambigus entre l’art et la technologie
L’utilisation de moyens technologiques qui sont du domaine de l’espionnage (caméra de surveillance) ou de l’intrusion dans la vie privée (écoute téléphonique) par l’art tend à les banaliser.
LE SITE DE Pierrick SORIN
Google ouvre les portes de 17 musées internationaux à ses internautes. Sur la nouvelle plate-forme les utilisateurs du navigateur peuvent désormais visiter les salles de musées prestigieux et incontournables pour les amateurs d’art, entre autres, le MoMA, le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, la National Gallery de Londres ou encore le Château de Versailles. Lors du lancement du projet à la Tate Britain à Londres, Nelson Mattos, vice-président de l’ingénierie chez Google, a annoncé que d’autres musées pourraient rapidement intégrer le projet.
Dès l’ouverture de la plate-forme, plus de mille oeuvres sont déjà accessibles. Elles ont été photographiées et mises en ligne grâce à la technologie Street View, la technologie mise au point par Google pour faciliter le repérage en ville. Cette technologie permet au visiteur de déambuler de salle en salle en profitant d’une vue panoramique mais également de zoomer sur une œuvre en particulier.
Du 12 février au 15 mai 2011, « la maison rouge » organise une exposition consacrée à la question de l’anthropophagie et à ses représentations dans les arts plastiques aujourd’hui.
Cette exposition présente un corpus d’œuvres réalisées majoritairement par une jeune génération d’artistes travaillant indépendamment les uns des autres sur le concept de l’incorporation charnelle.
Les œuvres contemporaines (Photographie, vidéo, installation, sculpture, dessin et peinture) seront mis en regard avec une partie historique (ouvrages illustrés, textes enluminés, gravures et objets d’arts premiers) témoignant des évolutions et des persistances du thème de l’anthropophagie à travers les âges et les latitudes.
À l’ère du clonage, des transplantations et des mondes virtuels, et d’une intégrité du corps remise en question, les artistes de l’exposition témoignent d’un nouveau regard porté sur le corps. Leur travail procède à son éclatement et à son morcellement, le métamorphosant et le recomposant en un corps hybride, tout à la fois comestible et anthropophage.
Après une variation autour de Goya et de ses héritiers, tel Yasumasa Morimura détournant le fameux Saturne dévorant ses enfants et jouant lui-même le rôle, l’exposition explore « le corps consommé » au travers des rites sacrés et profanes. Au menu notamment, Messe pour un corps, la performance de l’ancien séminariste, Michel Journiac, dans laquelle ce représentant majeur de « l’art corporel » en France célèbre une messe en latin, puis invite l’assistance à communier avec une hostie particulière : son propre sang transformé en boudin. Patty Chang s’attaque à un stéréotype du corps féminin et l’associe littéralement à une nourriture en se présentant dans Melons avec ces fruits en guise de prothèses mammaires, qu’elle consomme dans un acte d’auto-cannibalisme, une assiette en guise d’auréole telle une Sainte Agathe aux seins coupés. Le parcours se clôt sur le symbolisme et l’ambiguïté des contes, revisités comme ce Hänsel et Brätsel de Frédérique Loutz qui réinterprète le conte de Grimm et le superpose à la légende populaire de l’invention du Bretzel, pain en forme de bras croisés en prière, dont l’artiste a découvert l’origine lors de son séjour à la villa Médicis à Rome. Autant de savoureux et cruels regards artistiques sur le corps, consommable et consommateur.
N’y aurait-il pas absorption, voire dévoration, dans la relation à autrui, ce semblable avec qui je partage et construis mon moi ? Comme le souligne Claude Lévi-Strauss,: « Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger » (La Repubblica, 1993).

Gilles BARBIER "tête en emmenthal" 2003
La maison rouge
10, Bd de la Bastille
Du 12 février au 15 mai 2011
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
www.lamaisonrouge.org
Denis Tricot
installe ses sculptures éphémères comme des éléments de
spectacle. Ces sculptures sont composées de fines lattes de peuplier qu'il assemble bout à bout pour former des fils de bois ou qu’il bande d’une
drisse de nylon blanc pour construire des arcs. Ces planches, associées et
entremêlées, inventent une écriture à l’échelle de l’espace public. Elles
créent un jeu de courbes et de suspensions qui engage un dialogue avec
l’environnement du site « visité », qui interroge le parcours du
visiteur et les habitudes de l’habitant.

« Trio d’hommes pour une lutherie monumentale »
2010 - Poitiers
Eric CORDIER musicien / Gill VIANDIER danseur / Denis TRICOT sculpteur
Pour que le travail de Denis Tricot prenne tout son sens, il aborde chaque nouvelle création comme un projet particulier. Tout s’imagine dans une relation au site et dans un échange avec une équipe locale, un public, une population et son histoire, à partir desquels s’élabore un projet sur mesure. La sculpture n’est plus un objet, elle devient l’écriture d’un dialogue avec le lieu dans lequel l’« Homme social » tient un grand rôle.


« Sculptures d’habitants » 2006 - Rennes
Patrick Chauvel, photo-reporter depuis plus de 35 ans, réalise une très belle exposition avec « Guerre ici ». Il a voulu interpeller, en laissant imaginer au spectateur ce que donnerait la Guerre à Paris. Pour ça, il a repris des photos prises durant de grands conflits mondiaux, comme en Tchétchénie, et a monté sous Photoshop ces images avec des vues classiques de Paris. Le résultat est déroutant, presque choquant de réalisme.
Patrick Chauvel rappelle que les conflits, si souvent banalisés par les actualités télévisées comme un spectacle cinématographique, sont plus proches que ce que l’on pense.
Exposition « Guerre ici » à la Monnaie de Paris - 11 quai de Conti / 75006 Paris
"Le baiser de la Matrice" est un
projet qui met en œuvre une organisation de lecteurs, une société liée
par un objectif commun, un territoire nouveau qui regroupe des gens du
monde entier lisant en français. Ils ont une technique commune de
lecture : ils se filment avec leur webcam en lisant sur leur ordinateur
une page de "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, proposée
par une Matrice.
De Papeete à Kinshasa, en passant par Bobigny, la
Matrice gère en temps réel la distribution de textes, la diffusion
d'informations pour conquérir de nouveaux lecteurs, le montage
chronologique du film, et la consultation de celui-ci à tout moment.
L'ambition de ce projet est la fabrication de cette Matrice, définie
autour de pages, de secteurs de lectures, de pays, de fuseaux horaires
qui permet à 3424 personnes de lire la Recherche avec une autre vision
du temps.
Si vous
n'avez pas encore participé à ce film fou, Le Baiser de la Matrice,
entièrement créé par les Internautes et un logiciel, tourné, monté,
enregistré en totale autonomie, c'est le moment de vous connecter sur :

Rien ne nous dit si c’est un hôtel de luxe. Le « Corona Beach Garbage Hotel » est l’œuvre de l’artiste allemand Ha SCHULT, construit rien qu’avec des déchets récupérés sur les plages européennes. Pas moins de douze tonnes de détritus: morceaux de tissus, pneus, sacs de voyage déchirés, vieux matelas....ont été nécessaires pour l’édifier.
Comme de nombreux artistes écolo, le plasticien a placé le déséquilibre de l’environnement au centre de ses préoccupations et en particulier la pollution qui sévit sur nos côtes. «Nous devons changer le monde, avant que le monde nous change», déclare-t-il .
Itinérant, l’Hôtel des Déchets de la plage Corona (c’est le nom de la bâtisse) est installé actuellement sur la place Callao à Madrid, et y restera jusqu’au 23 janvier. Éphémère, ce mini-palace en bois est entouré d’un enclos sablonneux planté de palmiers. On peut le visiter mais il est également possible d’y dormir. La demeure offre cinq chambres aménagées pour accueillir
des lauréats sélectionnés sur Facebook.
Depuis les années 60, l’artiste promène ses installations dans le monde entier. Une des plus célèbres, « Les gens Trash », est constituée de mille sculptures de taille humaine, toutes différentes et fabriquées à partir de déchets. Cette performance a été installée sous le pont de Brooklyn à New York, devant les pyramides de Gizeh en Égypte, sur la Place Rouge à Moscou, à La Défense à Paris, et le long de la Grande Muraille de Chine.
Ha Schult, né en 1939, vit et travaille à Cologne, New York et Berlin. Ses œuvres sont exposées dans de nombreuses collections publiques et privées du monde entier..
Que se passe t'il lorsque l’artiste se pose non plus comme créateur de formes ou de couleurs mais comme créateur de vie ? Quand l’art quitte l’espace de la représentation et de l’abstraction pour passer à l’acte d’une manipulation concrète du vivant ? Qu’est-ce qu’un tel art peut bien nous apprendre sur les représentations du vivant à l’ère des biotechnologies ?
Eduardo KAC propose un "art transgénique" à base d'organismes génétiquement modifiés à des fins artistiques. Après avoir défrayé la chronique avec le projet d'un lapin fluorescent vert (GFP Bunny (2000), il s'interroge, dans ses installations "Genesis" (1999), "Le Huitième Jour" (2001), et "Move 36" (2002/2004), sur les croyances modernes.
KAC utilise des supports variés pour créer des formes hybrides à partir des opérateurs conventionnels des systèmes de communication existants. Il fait intervenir les participants dans des situations comprenant des éléments comme la lumière, le langage, des lieux éloignés les uns des autres, la télérobotique, la vidéo conférence, les éléments biologiques, la vidéo, l'échange et la transformation de l'information au travers des réseaux...... Il se base fréquemment sur les interventions des participants et l'inachèvement indéfini des situations. Son œuvre est un encouragement aux interactions dialogiques et est une mise en confrontation de problèmes complexes comme l'identité, la communication, la médiation, et la responsabilité....
EDUNIA - 2009
Le Weisman Art Museum de Minneapolis a présenté en 2009 la nouvelle œuvre d'art transgénique d'Eduardo KAC
une fleur nommée EDUNIA
Il s’agit d’une « plantimal » hybride de l’ADN de l’artiste et de l’ADN d’un pétunia. La fleur est un nouveau type de Petunia que Kac a inventé et produit grâce à la biologie moléculaire. L'Edunia n'existe pas dans la nature. Elle a des veines rouges et des pétales roses. Le gène de l'artiste, isolé et séquencé à partir de son sang, produit une protéine uniquement dans le réseau veineux de la fleur. Le gène sélectionné par KAC est responsable de l'identification des corps étrangers. Dans cette œuvre c'est précisément ce qui identifie et rejette l'autre que l'artiste incorpore à l'autre (la plante).
Les pétales roses évoquent la couleur de la peau de Kac. Le résultat de cette manipulation génétique est une plante qui crée l'image du sang humain coulant dans les veines d'une fleur, donc un nouvel être qui est à la fois fleur et humain (plantimal). Cette œuvre est une réflexion sur la continuité de la vie entre les différentes espèces. Elle emploie la rougeur des veines de la plante et celle du sang comme un marqueur de notre patrimoine commun.
En prévision d'un avenir où les Edunias pourront être distribués et plantés partout dans le monde, Kac a créé une série d "Edunia Seed Packs" (Paquets de Graines d'Edunia),
L'artiste américain Wafaa BILAL, performeur et professeur de photographie à la "New York University", s'est fait greffer un micro-appareil photo à l'arrière du crâne. Le projet est intitulé [The 3rd I ](jeu de mots entre « le troisième moi » et « le troisième œil ») et le site www.3rdi.me, qui le recensera, doit être activé le 15 décembre 2010.
A partir du 31 décembre, l'appareil de Wafaa BILAL — auquel NYU a demandé de le désactiver lorsqu'il donne ses cours — prendra des photos chaque minute, et les images seront transmises par ordinateur à des écrans d'une galerie au Qatar, dans le cadre d'une exposition au Mathaf, nouveau musée d'art moderne à Doha.
Wafaa BILAL, né en Irak, a déjà fait parler de lui en 2007, lorsqu'il s'enferma 1 mois dans une galerie de Chicago où le public était invité à lui tirer dessus avec des pistolets de paintball télécommandés, tandis que les images étaient diffusées sur Internet (Domestic Tension), et en 2008 avec le projet Virtual Jihadi, pour lequel il avait modifié un jeu vidéo en y insérant un avatar de lui-même, figuré en terroriste kamikaze visant George W. Bush et des personnages américains.


Sculpteur illustrateur né en 1974 à Kochi, au Japon, il compte parmi les
grands créateurs de figurines. Basé à Tokyo depuis 10 ans, Dehara
présente chaque année de 4 à 6 expositions à Tokyo, Hong-Kong, New York,
Los Angeles et ailleurs. Il crée en moyenne 300 figurines par an et consomme certainement autant de litres de bière. Ses personnages ont été vus dans des publicités pour Nike, NEC, Tower Records, Asics Europe, etc…
Cette année, il a créé un personnage appelé “Kino-yama san” pour la
marque Meiji Seika, premier confiseur au Japon. La pub vante les
biscuits “Kinoko no yama” ce qui, en japonais, veut dire « la montagne
aux champignons ». En février 2010, ses personnages ont enfin pris
vie grâce à l’émission hebdomadaire de la chaîne TV Tokyo, “CAKEEES”,
dont le DVD est sorti il y a peu au Japon.
En France, ses productions sont exposées à la galerie ARTOYZ
45, rue de l'Arbre Sec - 75001 Paris
http://www.artoyz.com/blog/galerie/
La plus Grande image numérique du monde. 1655 photos de 21 mégapixels assemblées pour composer un panorama incroyable de précision. Il aura fallu 96 heures à un ordinateur muni de 16 processeurs et de 48 GO de mémoire vive pour assembler ce chef d’œuvre.
vous pouvez visualiser cette image à l'adresse suivante :
Virginie OTTH "les petites définitions"
".: Actuellement la définition d’une image photographique se traduit en un nombre de pixels ou de dpi... La précision du médium se veut technique, je préfère apprécier d’un point de vue sémiologique. Ce travail des «petites définitions» utilise «la qualité moindre» des téléphones portables des premières générations en relation à la tradition du portrait en peinture. Les sujets sont «illuminés» avec un écran d’ordinateur, donc les moyens d’une nouvelle technologie pour un rendu d’image qui fait référence aux portraits de la Renaissance par la posture des sujets et la lumière directionnelle. L’autre référence à la peinture se traduit par le pixel agrandi (et conservé carré) qui ressemble à une «touche» de peinture; indéfinissable de prés, le sujet se recompose de loin. La perturbation du signal, le bruit de l’image diminue la lisibilité du sujet et renvoie au médium. Cette technologie numérique nous donne une vision peu réaliste du monde par la dégradation due à la technologie rudimentaire de l’objet et nous renvoie à une image du monde beaucoup plus abstraite que prévu. L’esthétique de cette mauvaise définition est pour moi une excellente opportunité de questionner le médium et notre relation au réalisme des images. Le téléphone portable est censé nous donner la possibilité d’enregistrer facilement les petites et la Grande Histoire (si par hasard on a été là ), elle nous en donne en fait une vision dégradée. J’utilise son esthétique Pictorialiste et le peu de précision des images pour sublimer mes sujets et combler le manque de définition par l’imagination et les références à l’histoire de la représentation."
Ce travail est directement daté par une étape de la technologie qui devient déjà obsolète, en effet la nouvelle génération de portable est de bien meilleure qualité et les fichiers s'approchent de la qualité des appareils photographiques, la définition du monde semble donc plus réaliste.
Voir notre article sur ce blog : "Nos œuvres numériques sont-elles immortelles ?"
A Versailles, l’art contemporain n’a pas sa place. Deux ans après la polémique autour de l’exposition des oeuvres de Jeff Koons, le scénario semble vouloir se répéter à l’ouverture de l’exposition de l’artiste japonais Takashi Murakami. Du 14 septembre au 12 décembre 2010, cet artiste installe 22 œuvres inspirées par les mangas dans les appartements royaux du Château. C'est l'autorité culturelle du Qatar qui finance quasi intégralement l'exposition, avec pour projet de montrer l'ensemble à Doha à l'horizon 2012. Mais c'est l'artiste lui-même qui finance la production des nouvelles pièces, qui sont donc à vendre…….
Organisateur en 2000, à titre de commissaire, d'une exposition d'art japonais ironiquement dénommée "Superflat" (superplat), Murakami y montrait les imageries et stéréotypes caractéristiques des loisirs de masse de la société japonaise. Ce qui ne l'empêche pas d'œuvrer lui-même dans ce domaine et de collaborer avec des designers et des publicitaires.
T. Murakami « A l'inverse de ce que vous pensez peut-être, je ne suis pas très connu au Japon comme artiste mais plus comme commentateur en matière d'art. On me voit assez souvent à la télé. J'anime une émission à la radio. Mais je n'ai jamais été très bien accepté dans mon pays en tant qu'artiste. Or, cette fois, la nouvelle de cette exposition s'est répandue partout et très rapidement. »
Les réactions :
Pour le président de l’établissement «Château de Versailles», Jean-Jacques Aillagon (ex-ministre de la Culture du gouvernement Sarkosy), ces protestations «émanent de cercles d’extrême-droite intégristes et de cercles très conservateurs». Ils voudraient faire de Versailles «un reliquaire de la nostalgie de la France de l’Ancien Régime, d’une France
repliée sur elle-même et hostile à la modernité ». Cette argumentation, très réductrice, utilise l’épouvantail de l’extrême droite pour mettre tous les opposants dans le même sac.
Si nous suivons les très nombreux commentaires des Internautes aux articles consacrés à cette exposition, nous nous apercevons que les réactions sont beaucoup plus nuancées et portent surtout sur la médiatisation publicitaire de cette exposition à des fins de promotion d’un artiste peu reconnu.
« Notre réaction est la mise en cause d’une démarche qui s’apparente à celles des publicitaires qui est d’insérer un message auprès d’un public qui ne peut y échapper. Comme il y a des intérêts économiques en jeu, les suspicions de collusion sont inévitables. On ne supporterait pas qu’une marque fasse sa publicité dans les jardins ou les appartements de Versailles, on ne doit pas accepter qu’un artiste à la recherche de la célébrité fasse sa pub dans ce lieu historique »
« La meilleure approche c'est de savoir à quoi s'en tenir: du « design hype », parfois inventif certes et dans un style personnel, mais rien qui ne puisse se comparer à des œuvres intemporelles, et encore moins des œuvres porteuses de sens. C'est le vide total au sens littéral, la forme sans aucun fond. Dans 2 ans on aura totalement oublié, l'indifférence sera complète. Il ne sert donc à rien de s'exciter pour ou contre: les organisateurs se croient modernes et originaux, ils sont juste ringards. »
Mais beaucoup d’autres Internautes pointent ou dénoncent l’absence de contenu des œuvres :
« Il n'y a plus de passé qui enracine, de présent à partager ou d'avenir qui mobilise. Il ne reste que la consommation de masse
comme modèle général. »
N’était-ce pas le souhait d’Andy Warhol……


Jean-François RAUZIER réalise des "hyperphotos", c'est-à-dire des images fabriquées sur ordinateur à partir de centaines de clichés pris sous tous les angles et au téléobjectif. "Aucun objectif ne peut fournir, en une seule prise, cette netteté que j'obtiens en assemblant 200 photos".
La quête de Rauzier ? Faire rêver avant tout comme il a rêvé ces mondes surnaturels, fantastiques et baroques, et aussi "voir à la fois plus large et plus près, arrêter le temps et pouvoir examiner tous les détails de l'image figée". En d'autres termes, réaliser, en même temps, un panoramique à 180 degrés et un zoom ultra serré, pour mettre en avant ce qui échappe à l'œil, à la conscience, à la raison.


